La France, véritable terre d’Electronic Dance Music ? #2/3

Daft Punk, David Guetta, Joachim Garraud, Laurent Garnier, DJ Snake… Ces DJ’s mondialement connus ont tous un point commun. Au-delà leur énorme talent, ils sont tous français.

La France, depuis l’arrivée de Jean-Michel Jarre dans les années 70, parrain de la musique électronique française, s’est faite une solide réputation en termes de talents. Depuis maintenant de nombreuses années, des vagues de DJ’s-producteurs français reconnus dans la sphère de la House Music cartonnent. Professionnels comme amateurs, tous vous diront que la « French Touch » est l’un des meilleurs mouvements electro au monde (si ce n’est le meilleur pour les plus chauvins d’entre nous). Le DJ-producteur français Joachim Garraud père des Space Invaders confirme que « La France a toujours joué un rôle important dans la musique électronique. On peut être fiers car il y a beaucoup de noms qui représentent la France à l’étranger en termes de créativité et de talent ». Alors pourquoi la France n’arrive-t-elle pas à palier ses carences du côté de ses festivals, de ses clubs, de ses événements EDM en général ?

Avant toute analyse du phénomène, il faut bien faire la différence entre deux choses. Ici, il n’est pas question de house music ni de techno, mais de l’Electronic Dance Music (EDM). Car la France, sur la scène house et techno est très bien placée en matière d’événements. De nombreux festivals du genre sont organisés, réunissant les plus grands noms français et internationaux du style.

Quant à l’EDM, il est lui, en résumé, le nouveau courant electro en vogue dans le monde. Ce nouveau style, qui pourrait s’apparenter à la Progressive House, participe à une commercialisation de la house music et à un changement du style vers quelque chose de moins underground. On dénombre seulement un festival majeur du genre, l’Electrobeach Music Festival (EMF) à Port-Barcarès. L’INOX PARK de Joachim Garraud (à Paris), est aussi un rendez-vous important pour les fans. Malheureusement il est qualifié de festival mineur, à cause de sa durée, une journée seulement. L’équipe du blog français de musique électronique Guettapen  a assisté à la sixième édition : « L’Inox Park reste un festival très sympathique mais qui ne pourra jamais devenir un grand festival. Le problème : 1 seul jour de festival réduit directement les investissements de la programmation, des scènes ou encore de l’organisation. Mais le festival nous a surpris, il n’y a quasiment aucune fausse note ».

Un fan présent à l’EMF 2015 portant le drapeau français frappé de la devise de tout bon festivalier qui se respecte, en français : mange, dort, fait la fête et recommence. (Crédit Photo : D.R.)

Un fan présent à l’EMF 2015 portant le drapeau français frappé de la devise de tout bon festivalier qui se respecte, en français : mange, dort, fait la fête et recommence. (Crédit Photo : D.R.)

La question de l’argent

Outre les nombreuses critiques qu’essuie l’EDM ces dernières années pour son style commercial, son côté trop spectaculaire et son classement du Top 100 DJ Mag, ce nouveau genre est aussi pointé du doigt pour les intérêts financiers qu’il véhicule. Ce n’est pas le cas en France, mais aux Etats-Unis par exemple, où les plus gros festivals d’EDM organisés sont une véritable mine d’or pour les villes hôtes. Les enjeux économiques sont tellement importants que la musique en devient secondaire. L’exemple de l’Electronic Daisy Carnival de Las Vegas est affolant en termes de chiffres. En 2013, l’impact économique de ce festival a été estimé à près de 500 millions de dollars, en 2012, c’était près de 207 millions de dollars de retombées financières pour la région métropolitaine de Las Vegas. Autre cas similaire, l’incontournable Ultra Music Festival de Miami, qui a rapporté  79 millions de dollars dans l’économie du comté de Miami-Dade ainsi que 10 millions en impôts dans les coffres des gouvernements locaux et régionaux. Ces rentabilités hors-normes pour ce qui est, doit-on le rappeler à la base, un concert, sont en majeure partie dues aux prix des billets relativement élevés pour y assister, l’argent dépensé par les 200 000 festivaliers sur place (hébergement, nourriture, boisson, souvenirs,…) et la publicité. On est donc à des années lumières de ce qui se fait en France. En comparaison, les retombées économiques directes et indirectes, du seul festival majeur du genre, l’Electrobeach de Bacarès,  s’élevaient à 12 millions d’euros cette année. Même si ce chiffre semble encore bas par rapport à ce qui se fait outre-Atlantique, l’EMF connaît une très belle progression, puisqu’en 2013, les retombées économiques pour Le Barcarès et la région environnante étaient comprise entre seulement 1,4 et 1,9 million d’euros.

La France reste donc pour l’instant un peu à l’écart du phénomène EDM, qui est beaucoup plus développé aux Pays-Bas, en Belgique, en Suède et aux Etats-Unis. Comme en témoigne ce tableau répartissant la part des différents styles electro dans les événements organisés dans l’Hexagone en 2012 :

Cliquez sur le tableau pour accéder à cette enquête détaillée.

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La dance et l’EDM ne sont présentes que chez 5,7% des membres du panel, c’est trop peu par rapport à la techno par exemple, qui est le style phare chez les amoureux de musique électronique en France. Cette étude a été réalisée par l’association Technopol-Techno Parade, désireuse de mettre en avant le travail des organisateurs amateurs et professionnels d’événements de musique électronique en France.

Joachim Garraud livre son ressenti sur la question. Pour lui, c’est d’abord un problème d’argent et de mentalité (retrouvez bientôt son interview audio en intégralité dans la troisième partie du sujet). « Les prix des billets sont incomparables entre les festivals français et internationaux. Produire un grand festival passe par les bénéfices de la billetterie. Or en France, les gens ne sont pas habitués à payer un billet aussi cher. Mais quand ces mêmes Français se déplacent à l’étranger par exemple à Ibiza, ça ne les dérange pas de dépenser plusieurs centaines d’euros. Ce n’est pas dans la culture française, comme aux Pays-Bas ou aux Etats-Unis qui organisent des festivals depuis longtemps et qui ont l’expérience de pratiquer des tarifs élevés pour proposer des grands shows. Les fans sont habitués à payer des grosses sommes. »

La France a donc du chemin à parcourir si elle veut s’inscrire dans la liste des terres d’EDM, même si à long terme, cette nouvelle vague musicale, adulée par certains et détestée par d’autres, aura peut-être disparu aussi vite qu’elle est arrivée du monde de la musique électronique.

Tom Ferrero

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