[RDC15] Le soi au cœur du sujet

Après un samedi largement occupé par les événements du 13 novembre, les Rencontres de Cannes ont replacé le citoyen au centre du débat ce dimanche avec une table ronde intitulée « 7 milliards d’humains, et moi, et moi, et moi ? ». Le but : s’offrir un questionnement sur son rôle dans la société et sur les enjeux de notre avenir.

Qui suis-je au beau milieu des 7 milliards d’êtres humains qui peuplent notre planète ? « 10 milliards d’ici 2060 », précise François Héran à l’intention des plus jeunes venus assister au débat à l’espace Miramar. Le démographe introduit la question de façon très théorique, nous abonde de chiffres sur les populations, sur les flux migratoires à travers les âges. On ne sait pas trop où on va. Mais cette table ronde va s’avérer très différente des autres. Les quatre protagonistes ne sont pas là pour s’opposer, mais plus pour apporter leur vision de la place de l’Homme et de tout ce qui le compose au sein d’une société. Alain Cabras, consultant en intelligence interculturelle dans les entreprises, évoque le facteur travail et la question de l’identité, « devenue tabou » selon ses mots. Nicole Aubert aborde l’impact de l’instantanéité et de l’immédiateté sur nos quotidiens : « Nous sommes contraints par des logiques d’urgence qui envahissent nos trains de vie. Pour y répondre, on est arrivé à un idéal de progrès de soi. Le dépassement de soi est devenu la norme. » François Héran, lui, offre une petite piqûre de rappel quelques heures avant les chiffres élevés du Front national aux élections régionales : « Sur 200 000 titres de séjours délivrés chaque année en France, 60 000 sont destinés aux étudiants étrangers venus faire leurs études dans l’Hexagone. » Quelques rires sarcastiques s’élèvent dans la salle à l’annonce de ces chiffres. « Et l’extrême droite veut réduire l’immigration légale à 10 000 personnes par an », entend-on s’indigner au deuxième rang.

L’action pour s’émanciper en tant que citoyen

Le quatrième intervenant, Pier Giorgio Oliveti, accompagné de sa traductrice italienne, évoque CittaSlow. Le projet vise à réduire le rythme de vie des citoyens des villes concernées, dans le modèle de la décroissance économique. En France, neuf villes ont déjà adhéré au mouvement. « Nos crises économiques, sociales et écologiques sont toutes liées. Une économie de résistance est possible et serait efficace », avance Pier Giorgio Oliveti. Car l’Italien le rappelle, l’Homme est le principal acteur de son existence, et il ne tient qu’à lui de réinventer son mode de vie. A François Héran de sortir de ses statistiques et d’acquiescer : « Le mode de vie compte davantage que le nombre des hommes pour résoudre ces crises. » C’est d’ailleurs ce qui est expérimenté par les citoyens grecs dos à la crise, à travers les cuisines solidaires et les dispensaires autogérés d’Athènes, « qui demeure la plus grande démocratie que la terre ait connu dans l’Antiquité » comme le rappelle l’émissaire de CittaSlow. L’échange fait réfléchir sur notre rôle à jouer, mais aussi sur nos rapports à autrui. Et si la meilleure réponse à ce débat était la tirade de l’écrivain grec Nikos Kazantzakis, « la seule façon de te sauver toi-même, c’est de lutter pour sauver tous les autres » ?

Antonin Deslandes

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