Sécurité routière : la réforme des 80km/h sauvera-t-elle des vies en Paca ?

Depuis du 1er juillet 2018, la vitesse maximale autorisée sur les routes secondaires est réduite de 90 à 80km/h. Depuis son instauration cette loi fait débat chez les associations  d’automobilistes, les chiffres provisoires de la sécurité routière en Paca indiquent une nouvelle hausse du nombre de tués en 2017. Pourquoi la région du Sud-Est est-elle particulièrement concernée par la mortalité routière ? Est-ce que les nouvelles réformes seront suffisantes pour réduire le nombre de morts ? Analyse.

Trois cent trente-trois personnes sont décédées sur les routes de Provence-Alpes-Côte-D’azur en 2016, soit une augmentation de plus de 7% par rapport à l’année 2015. « De tels chiffres sont choquants mais ils sont avant tout surprenants », témoigne l’association 40 millions d’automobilistes, soulignant que les chiffres pourraient encore grimper dans le futur si l’État venait à poursuivre sa « campagne de répression permanente ».

Et c’est dans un contexte morose que le gouvernement d’Édouard Philippe avait  annoncé la mise en place de nouvelles mesures fortes sur la sécurité routière, comme la vitesse réduite à 80km/h sur les routes secondaires. Cette nouvelle législation, très stricte vis-à-vis des automobilistes, aurait du permettre « d’éviter 300 à 400 morts par an«  selon Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Mais huit mois après la mise en place de cette réglementation « seulement » 116 vies auraient été sauvées selon le premier ministre.

« Dans le sud, on est plus indiscipliné qu’ailleurs »

Dans la région Paca, le risque d’accidents routiers est 60% plus élevé que dans le reste de la France, selon la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). La région fait figure de cancre dans les statistiques de la mortalité routière en France. Paca est la deuxième région la plus meurtrière de France, derrière la région Rhône, avec 23 décès supplémentaires entre 2015 et 2016.

En première ligne les jeunes. La mortalité routière chez les 15-24 ans est en augmentation alors que la mortalité des 45-64 ans est en baisse. Une disparité expliquée en partie par la recrudescence de conducteurs alcoolisés et de prise de stupéfiants. C’est particulièrement le cas en région Paca, où la part de la mortalité des 15-24 ans est 84% supérieure à la France entière. Si l’on regarde à l’échelle locale, les jeunes ont 2,3 fois plus de chances d’être victime d’un accident que n’importe quel autre habitant de la région, tous âges confondus.

Il y a aussi une vraie distinction à faire entre les départements les plus peuplés, comme les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône, avec des plus petits départements comme le Vaucluse ou les Hautes-Alpes. La faute à un comportement d’automobiliste inadapté et dangereux, tout en sachant que des départements comme le Vaucluse restent des zones de passages et pas de sédentarité comme les deux plus gros départements de la région. Selon Jean-Pierre Guerrini, directeur régional de l’association Prévention routière des Alpes-Maritimes, « dans le sud on est plus indiscipliné qu’ailleurs, en plein Marseille, les piétons traversent sans regarder, les gens grillent les feux ».

D’ailleurs, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes sont classés respectivement 6e et 8e du classement des départements les plus accidentogènes de France, lorsque l’on calcule la part d’accidents pour 1000 habitants. On remarque d’ailleurs que le taux bien plus élevé d’accidents dans ces départements fait radicalement augmenter la moyenne globale d’accidents dans la région.

Les données mettent en exergue des comportements de plus en plus dangereux, comme par exemple l’utilisation du téléphone au volant. L’État a par ailleurs pris très au sérieux ce problème et a annoncé que son usage cumulé à une autre infraction entrainera une suspension du permis pour une durée de 3 à 6 mois. Une étude du site permis à point.fr démontre qu’un jeune sur deux utilise son téléphone au volant. Pour rappel, un automobiliste est passible d’une amende de 135 € et d’un retrait de 3 points sur le permis de conduire.

Automobilistes et deux-roues, des trajectoires différentes

En termes de mortalité, les statistiques de la préfecture de la région Paca démontrent des disparités flagrantes entre les différentes catégories d’usagers. Sur la Côte-d’Azur, les chiffres de la mortalité des deux-roues a augmenté de près d’un 1% alors que la mortalité des automobilistes a quant à elle diminué de 3% en France. En Paca, la mortalité des motocyclistes et cyclomotoristes est devenue préoccupante. La fédération des motards en colère (FFMC) tire la sonnette d’alarme : « Le comportement des motards est l’un des facteurs qui expliquent cette augmentation, il devrait y avoir plus sensibilisation, c’est pour cette raison que nous interpelons les pouvoirs publics. »

L’un des autres facteurs qui explique l’augmentation de la mortalité chez les deux-roues est tout simplement le nombre d’immatriculations de motos. La région arrive deuxième au classement en 2012 des immatriculations de motos 125cm3 derrière l’Ile de France, selon les chiffres du commissariat général du développement durable. « À partir du moment où il fait beau, il y a plus de motards, donc plus on sort plus on risque de faire des accidents » affirme le chargé de communication de la FFMC.

La météo et même les jours de la semaine sont d’ailleurs étonnamment démonstratifs, puisqu’on constate une vraie recrudescence d’accidents le dimanche, là où des conducteurs peut-être moins réguliers sur la route, ont l’habitude de prendre le volant. De même, le dimanche peut correspondre à un lendemain de soirée, où des conducteurs alcoolisés ou drogués décident de prendre quand même le volant.

La nouvelle mesure du gouvernement sur la sécurité routière sera déterminante pour la région Paca. Elle peut à la fois apporter un élan puissant pour inverser une tendance à la hausse du nombre de tués et relancer une réflexion nécessaire du comportement des automobilistes sur les routes du Sud-Est.

Reste à savoir si l’efficacité promise par le gouvernement, avec un objectif de 2000 morts sur les routes en 2020, sera atteignable. Pour l’association 40 millions d’automobiliste, « la répression n’est pas une réponse saine et les causes ne doivent pas être limitées à la vitesse ». Si la vitesse est l’une des premières causes d’accident, elle n’est qu’une partie du problème. Le téléphone au volant et les stupéfiants promettent d’être les nouvelles cibles du ministère de l’intérieur afin de rendre les routes plus sûres.

Baisser la vitesse à 80km/h, une mesure efficace ?

Afin d’enrayer la hausse consécutive de la mortalité routière, le gouvernement a décidé de mettre en place une mesure visant à réduire la vitesse maximale à 80km/h sur les routes nationales et départementales à double sens de circulation et sans séparation. Cette réduction de la vitesse était jusqu’alors en phase d’expérimentation sur quelques routes en France depuis 2017. Dans une note privée, envoyée aux préfets, qui n’a pas été rendue publique, les résultats démontrent qu’aucun effet sur la baisse de la mortalité n’a été constaté.

Un manque d’efficacité qui fait grincer des dents les automobilistes français, et qui est aujourd’hui l’un des sujets du grand débat national. Selon un sondage  commandé par 20 Minutes, deux français sur trois considèrent l’abaissement de la vitesse à 80km/h comme inefficace. L’association 40 millions d’automobilistes dénonce l’action gouvernementale : « Il faut que l’état arrête de faire de la répression pour faire de la répression et qu’ils décident d’axer leur politique sur la communication. »

L’association 40 millions d’automobiliste a lancé une pétition qui a récolté près de 500.000 signatures, doute de l’efficacité de ce projet : « L’abaissement à 80km/h ne changera pas grand-chose parce qu’il y a tellement d’autres facteurs graves que ça ne sera pas une solution immédiate, il faut travailler sur d’autres facteurs d’accidents ». La fédération des motards en colère est également peu optimiste : « Baisser la vitesse à 80km/h n’est pas une mesure de sécurité routière, si on veut sécuriser il faut avoir des infrastructures, avoir des comportements corrects afin d’éviter les accidents. L’état s’appuie sur la formule de Nilsson , mais ce théorème à très vite montré ses limites » annonce Didier Renoux de la FFMC.

Une mesure qui ne rencontre pas toujours le succès à l’étranger.

Quatre pays en Europe ont déjà tenté le pari des 80km/h. C’est le cas de la Suisse, qui a adopté cette mesure. Si elle a semblé efficace l’année de son instauration en 1984, faisant passer de 1034 à 950 personnes tuées sur la route, elle a ensuite perdu de son efficacité et ses résultats sont devenus peu représentatifs. En 10 ans, la mortalité routière à seulement baissé de 0,5%, et il est aujourd’hui impossible d’affirmer que l’abaissement de la vitesse à 80km/h en est responsable.

En Suède par contre, la mesure semble être efficace. Selon une étude publiée en 2017, passer de 90km/h à 80km/h a permis de baisser le taux de mortalité de 14% chez tous les usagers de la route. La Suède qui prend le problème de la sécurité routière très au sérieux, a mis en place depuis 1997 la politique du zéro mort. Aux Pays-Bas, où il y a nettement moins de morts sur les routes qu’en France, (640 contre 3250 en France). La mesure semble fonctionner, le pays est deuxième au classement des routes les plus sûres en Europe derrière Malte. Mais la comparaison avec la France reste peu cohérente, dans la mesure où il y a moins d’habitants aux Pays Bas, et dans ce pays très plat, les routes sont moins accidentogènes.

Une communication trop peu appuyée

Plus que la nature de cette mesure, c’est la communication qui rebute les associations d’automobilistes. « Tout a été fait à vive allure. On pense avant tout que l’état aurait dû faire une enquête à grande échelle au lieu de jouer la carte du passage en force », affirme Jean Pierre Guerrini. Quant à Edouard Philippe, il joue la carte du courage (répétition, vocabulaire), quitte à fragiliser son image, avec des expressions fermes comme : « Si pour sauver des vies, il faut être impopulaire, j’accepte de l’être« , dans le JDD. Ainsi, beaucoup ont été étonnés par l’annonce en catimini de ces mesures chocs et répressives. C’est le cas de la fédération française des motards en colère, qui met en avant « le peu de preuves concernant l’efficacité de cette mesure ». Avant de conclure : « Il y a un vrai silence du ministère de l’intérieur là-dessus. On attaque à côté de la plaque, la répression ne peut que négative si elle n’est pas accompagnée d’un continuum éducatif de l’école de la route. »

Il y a aussi une vraie distinction à faire entre les départements les plus peuplés, comme les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône, avec des plus petits départements comme le Vaucluse ou les Hautes-Alpes. La faute à un comportement d’automobiliste inadapté et dangereux, tout en sachant que des départements comme le Vaucluse restent des zones de passages et pas de sédentarité comme les deux plus gros départements de la région. Selon Jean-Pierre Guerrini, directeur régional de l’association Prévention routière des Alpes-Maritimes, « dans le sud on est plus indiscipliné qu’ailleurs, en plein Marseille, les piétons traversent sans regarder, les gens grillent les feux ».

D’ailleurs, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes sont classés respectivement 6e et 8e du classement des départements les plus accidentogènes de France, lorsque l’on calcule la part d’accidents pour 1000 habitants. On remarque d’ailleurs que le taux bien plus élevé d’accidents dans ces départements fait radicalement augmenter la moyenne globale d’accidents dans la région.

Les données mettent en exergue des comportements de plus en plus dangereux, comme par exemple l’utilisation du téléphone au volant. L’État a par ailleurs pris très au sérieux ce problème et a annoncé que son usage cumulé à une autre infraction entrainera une suspension du permis pour une durée de 3 à 6 mois. Une étude du site permis à point.fr démontre qu’un jeune sur deux utilise son téléphone au volant. Pour rappel, un automobiliste est passible d’une amende de 135 € et d’un retrait de 3 points sur le permis de conduire.

Automobilistes et deux-roues, deux trajectoires différentes

En termes de mortalité, les statistiques de la préfecture de la région Paca démontrent des disparités flagrantes entre les différentes catégories d’usagers. Sur la Côte-d’Azur, les chiffres de la mortalité des deux-roues a augmenté de près d’un 1% alors que la mortalité des automobilistes a quant à elle diminué de 3% en France. En Paca, la mortalité des motocyclistes et cyclomotoristes est devenue préoccupante. La fédération des motards en colère (FFMC) tire la sonnette d’alarme : « Le comportement des motards est l’un des facteurs qui expliquent cette augmentation, il devrait y avoir plus sensibilisation, c’est pour cette raison que nous interpelons les pouvoirs publics. »

L’un des autres facteurs qui explique l’augmentation de la mortalité chez les deux-roues est tout simplement le nombre d’immatriculations de motos. La région arrive deuxième au classement en 2012 des immatriculations de motos 125cm3 derrière l’Ile de France, selon les chiffres du commissariat général du développement durable. « À partir du moment où il fait beau, il y a plus de motards, donc plus on sort plus on risque de faire des accidents » affirme le chargé de communication de la FFMC.

La météo et même les jours de la semaine sont d’ailleurs étonnamment démonstratifs, puisqu’on constate une vraie recrudescence d’accidents le dimanche, là où des conducteurs peut-être moins réguliers sur la route, ont l’habitude de prendre le volant. De même, le dimanche peut correspondre à un lendemain de soirée, où des conducteurs alcoolisés ou drogués décident de prendre quand même le volant.

La nouvelle mesure du gouvernement sur la sécurité routière sera déterminante pour la région Paca. Elle peut à la fois apporter un élan puissant pour inverser une tendance à la hausse du nombre de tués et relancer une réflexion nécessaire du comportement des automobilistes sur les routes du Sud-Est.

Reste à savoir si l’efficacité promise par le gouvernement, avec un objectif de 2000 morts sur les routes en 2020, sera atteignable. Pour l’association 40 millions d’automobiliste, « la répression n’est pas une réponse saine et les causes ne doivent pas être limitées à la vitesse ». Si la vitesse est l’une des premières causes d’accident, elle n’est qu’une partie du problème. Le téléphone au volant et les stupéfiants promettent d’être les nouvelles cibles du ministère de l’intérieur afin de rendre les routes plus sûres.

Emmanuel Macron : « cette mesure n’était pas dans mon programme »

Huit mois après l’entrée en vigueur de cette nouvelle réglementation, les chiffres ne sont pas à la hauteur des espérances du gouvernement. Cette mesure visait à sauver entre 300 et 400 vies en un an, et en huit mois, elle en aurait sauvé 116 selon le premier ministre… D’autant plus qu’il est impossible, d’affirmer pleinement que c’est cette mesure qui est à l’origine de cette baisse de la mortalité.

Et au sein même du gouvernement, ces 80km/h ne font pas l’unanimité. Emmanuel Macron a déclaré que cette mesure était une erreur, « une connerie », selon ses dires. Et il l’aurait déclaré à plusieurs reprises, notamment lors d’une rencontre avec des élus locaux en décembre dernier, ou plus récemment dans une conversation privée avec Laurent Wauquiez  président du Parti des Républicains : « je n’y suis pour rien dans cette affaire. C’est le Premier ministre, et c’était une connerie. D’ailleurs, cette mesure n’était pas dans mon programme« . Ces propos ont été recueillis, par un journaliste du Parisien. Avant de déclarer en public cette fois ci dans la même journée :  « c’était courageux de faire ça » au sujet de cette nouvelle réglementation. Il a toutefois laissé la porte ouverte à d’éventuelles modifications : « Est-ce qu’il faut tout arrêter ? Franchement, non… Est-ce qu’on peut faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent ? Sans doute, oui ».

Les prefets futurs décisionnaires  

Selon le Parisien, le gouvernement envisage de laisser aux préfets de chaque région d’appliquer ou non ces 80km/h. Pour ce qui est du préfet des Alpes Maritimes, Georges François Leclerc, il n’a toujours pas communiqué sur sa volonté de maintenir cette mesure. En juillet il déclarait à un confrère de France 3 « Les chiffres sont moins catastrophiques qu’en 2017 et 2016, mais je ne me satisferai jamais du moindre mort »L’avenir et l’efficacité de cette mesure sont finalement incertaines, et même si les premières prévisions sont plutôt encourageante, rouler à 80km/h au lieu de 90 sur sur les routes à double sens sans séparateur central, est aujourd’hui l’une problématiques abordée, dans le grand débat. Il devrait rendre ses premières conclusions à partir du 15 mars.

Mohamed Ben Maazouz

Louis Verdoux