novembre 10

Madame ou mademoiselle ? Un débat toujours d’actualité

6 ans après la loi qui supprime l’utilisation du terme « mademoiselle », l’utilité de cette loi est remise en question.

En octobre 2011, deux associations féministes réclament la suppression du terme des formulaires administratifs. En quoi cette dénomination est-elle discriminante ? Et bien selon Julie Muret, d’Osez le féminisme publié sur son site , cette précision n’est demandée qu’aux femmes, donc injuste par défaut. De plus ce terme étant quasiment synonyme de « célibataire » induit une intrusion dans sa vie privée. C’est aussi un terme vexant. Implicitement, il sous-entend que le fait de se marier est uniquement ce qui permet à une femme de se faire appeler « Madame ». La construction en elle-même du terme est critiquable ; constitué du possessif « ma » et du nom « demoiselle », il indique l’appartenance de la femme à une entité supérieure.

Il existe donc, des raisons diverses et variées de s’opposer à cette désignation de la femme. Pourtant sa disparition a-t-elle améliorée les choses ? Pas si sûre. En effet, 6 ans après sa suppression annoncée par le gouvernement Fillon en 2012, des controverses existent toujours autour de ce sujet, autant que les situations incongrues et gênantes. Mr.Ruffier, un professeur de l’enseignement public, nous confie par exemple, avoir des difficulté à appeler « madame », ses jeunes étudiantes ne dépassant pas la vingtaine, tandis que nombreuses se sentent insultées d’être désignées comme tel à l’entrée d’un commerce et dans la vie courante.

En théorie, une femme peut toujours choisir de se faire appeler « mademoiselle » dans la vie courante, mais beaucoup s’amusent alors à rétorquer « Oui mais maintenant c’est interdit », emprisonnant paradoxalement les femmes sous le statut de « madame ».

C’est ce que dénonce Sophie, jeune étudiante de 24 ans interrogée sur le sujet : « Il est regrettable d’imposer cette suppression de manière unilatérale sur des femmes prises constamment pour des victimes. Ce n’est ni juste, ni libertaire car la vraie liberté c’est de pouvoir choisir une dénomination que je trouve personnellement jolie, élégante et que je reçois comme un compliment. […] Je suis d’accord pour effacer des inégalités, mais commençons d’abord par celles qui pénalisent. »

Mr.Ruffier, le professeur évoqué plus haut, nous confiera plus tard : « J’ai tendance, naturellement à appeler une jeune femme « mademoiselle ». Il est vrai que ce n’est pas ce que je trouve le plus urgent et le plus pertinent dans la lutte pour le droit des femmes ». D’autres étudiants nous avoueront que leurs parents (en particulier les mamans), ont été « scandalisés » à l’annonce de la nouvelle même si eux-mêmes, ne se sentent que faiblement concernés : « J’ai juste l’impression de prendre 20 ans d’un coup mais voilà quoi » déclare une autre étudiante de 23 ans.

En somme, sur une volonté d’égalité entre les sexes, il semblerait que l’instauration du « madame » pour toutes aie au contraire, créée un sentiment de malaise sociétal surtout auprès du jeune public. En atteste les résultats du sondage réalisé par le site internet debats.netoo.net. Sur 700 personnes interrogées, 78% répondent « contre » à la question « êtes-vous pour ou contre la suppression de Mademoiselle ? ». Un chiffre finalement, très représentatif de l’opinion générale. 

[Les noms ont été modifié afin de préserver tout anonymat avec des interview réalisés exclusivement au sein de l’IUT]

Lolita Aboa
(crédit photo : Flickr banque d’images)