La lutte d’Amnesty International pour les droits des travailleurs du sexe fait débat

@EnoraHilléraux   Renaud Brouquisse et Jacques-Noël Bouttefeux-Leclercq en plein discours

L’Ecole de Journalisme de Cannes (EJC) recevait ce vendredi 01 février, Jacques-Noël Bouttefeux-Leclercq représentant médiatique d’Amnesty International et Renaud Brouquisse, ancien militant de l’association.

L’intense pluie qui martelait la ville de Cannes n’a pas empêché les deux personnalités de faire le déplacement. La mission du jour : informer et promouvoir l’action de l’association, tout en revenant sur quelques-unes de ses décisions clés. La position de l’organisme notamment en faveur de la reconnaissance des droits pour les travailleurs du sexe – les prostitués –, a fait l’objet de nombreux débats. La décision rendue publique le jeudi 26 mai 2015, avait occasionné une grande consultation mondiale auprès des 90 pays représentés par l’ONG. Deux ans ont été nécessaires pour établir un consensus. Cependant, le consensus établi par Amnesty International est complètement rejetée par Renaud Brouquisse, un des intervenants anciennement membre de l’ONG. Celui-ci déclare : « Il faut savoir que 60 % des sections, et notamment ceux provenant des pays africains, n’en avaient strictement rien à faire [de ce débat]. Il n’y a pas eu de consensus mais un passage en force et c’est pour ça que je suis parti ». Le militant s’était comme la France, prononcé contre la lutte pour les droits des travailleurs du sexe. En désaccord avec la position finale de l’organisme, il estime que « ceux qui sont restés doivent assumer ».

La prise de position française n’est pas surprenante

Selon Renaud, « La France  considère que le travail du sexe est une indignité humaine ». En avril 2016, cette dernière confirme sa position avec la loi Prostitution impulsée par la socialiste Laurence Rossignol. Cette loi considère davantage les prostitués comme des victimes et préfère alors sanctionner les clients. En Allemagne, la prostitution est entièrement légalisée tandis qu’en Suède, elle est strictement interdite. La France, avec environ 30 000 prostitués selon les chiffres officiels, mène alors une politique intermédiaire.

Amnesty International justifie ses choix

L’ONG par ce positionnement, souhaite faire reconnaître les droits du travailleur du sexe. Comme les travailleurs lambda, ils doivent pouvoir bénéficier de la retraite et d’autres protections juridiques tout aussi importantes. En clair, l’organisme souhaite « banaliser complètement l’exercice du métier » pour permettre à ces individus de « vivre dignement ». Jacques-Noël Bouttefeux-Leclercq prend l’exemple des LGBT : « Ces personnes, déjà discriminées du fait de leur identité, subissent une double discrimination par ce métier dans lequel ils sont très présents. » Le rapport disponible ici, interpelle directement le politique : « les États ont l’obligation de combattre la discrimination directe et indirecte liée au genre et à d’autres facteurs et de veiller à ce que les droits humains de toutes et tous soient respectés, protégés et mis en œuvre de la même manière ».

La position de l’ONG est critiquée à l’échelle internationale

Renaud Brouquisse n’a pas été le seul mécontent de cette décision. En mai 2016, la Coalition internationale contre la traite des femmes (International Coalition against trafficking in women) lance une pétition appelant Amnesty International à renoncer à cette politique qualifiée de « dévastatrice ». Selon elle, Amnesty « promeut l’esclavage sexuel, légitime les pires violences contre les femmes ». Elle demande par ailleurs aux États de rejeter « sans réserve » les préconisations d’Amnesty International.

Le représentant de l’association exprime lui aussi des doutes : « Ça m’embarrasse quand même un petit peu de banaliser à ce point le métier. Cela revient peut-être finalement à en banaliser les raisons. » Il ajoute ensuite, « Je ne considérerai jamais le responsable d’un bordel comme un entrepreneur. » Une possible révision de la position de l’association sur la question n’est donc pas à exclure.

Lolita Aboa