Les risques d’être une femme en Côte d’Ivoire 

Le scandale de la démonstration de viol à la télévision ivoirienne interroge sur la situation des femmes en Côte d’Ivoire et les dangers auxquels elles font face.

Des manifestations féministes ont eu lieu à Abidjan après la diffusion de l’émission
crédit photo : SIA KAMBOU / AFP

Le 30 août dernier, l’émission ivoirienne Télé d’Ici Vacances diffusait les images choquantes d’un violeur, décrit comme « repenti », mimant un viol devant les yeux de nombreux téléspectateurs. Incité par le présentateur Yves de Mbella, Kader Traoré prodigue des « conseils » tout en les mettant en pratique sur un mannequin en plastique. En direct, les questions obscènes et déplacées s’enchaînent : « Tu les choisis comment ? », « Est-ce que tu peux nous montrer comment tu faisais tes viols ? » … Et après plusieurs minutes de cette sordide mise en scène, l’animateur demande à son invité ce qu’une femme doit faire pour ne pas se faire violer. Des propos à glacer le sang qui soulèvent la question de la culture du viol dans le pays et des risques qu’encourent les femmes ivoiriennes. Si une scène aussi absurde a pu avoir lieu à la vue de tous, qu’en est-il au quotidien ?

Malheureusement, il n’existe aucune statistique officielle sur le nombre de viols en Côte d’Ivoire. En effet, la plupart des agressions ne sont pas recensées ou ne font pas l’objet d’une plainte selon les ONG des droits des femmes. Une enquête a cependant été publiée en juin dernier par l’Organisation des Citoyennes pour la Promotion et Défense des Droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM). Nous y apprenons qu’entre 2019 et 2020, 416 féminicides ont été recensés. En comparaison, en France, on en comptait 90 en 2020 et 146 en 2019, selon le ministère de la justice. Cette étude s’est aussi penchée sur d’autres types de violences tels que le mariage forcé, le viol, l’excision ou encore la pédocriminalité. Et les chiffres sont inquiétants puisque sur les 5 556 personnes interrogées dans 6 quartiers d’Abidjan, plus de 2000 témoignent de violences faites aux femmes (VFF) en 2019 et 2020. Et le viol apparaît comme la violence la plus courante après les mariages forcés. Ce sont 1 121 cas enregistrés en 2019-2020.

Cela fait déjà plusieurs années que des organisations alertent sur la situation des femmes en Côte d’Ivoire. En 2019, lors de l’Examen Périodique Universel (EPU), processus qui consiste à analyser l’état des Droits de l’Homme dans les pays membres de l’ONU, de nombreuses recommandations ont porté sur la prise de mesures concrètes pour la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants en Côte d’Ivoire. Même si les femmes ivoiriennes commencent à prendre la parole, il reste encore beaucoup à faire concernant les droits des femmes dans le pays.

Lola Dravet