La génération gaming se dévoile

Fantasme du 21e siècle, le gamer est par définition une personne qui joue à des jeux vidéo. Le terme anglais peut aussi bien faire référence à une pratique occasionnelle qu’à une activité virtuelle plus régulière. Quarante ans de jeux vidéo ont créé une génération que l’on peut qualifier de «dématérialisée ». Quand on évoque le sujet, beaucoup associent directement ces mots à l’addiction.

On parle de « hardcore gamer » dès lors qu’une personne est déclarée dépendante de sa pratique du jeu vidéo. Ce terme peut aussi désigner un joueur régulier adepte de différents jeux, voire de différentes consoles.  A l’inverse, le terme de « casual gamer » fait référence aux joueurs « du dimanche ». Et là encore, impossible de mettre tout le monde dans le même panier. Fini le cliché de l’ado boutonneux de 15 ans en train de tuer des zombies pendant des heures devant son écran, paquet de chips sur la table et bouteille de soda aux pieds. La rédaction de Buzzles s’est donc intéressée à la « Génération Gaming », qui dément tous les clichés sur les « gamers ». L’éventail des genres est très large, c’est pourquoi il est difficile de cerner le sujet. Mais personne n’est mieux placé pour parler du jeu vidéo que ceux qui le pratiquent, voire qui le pratiquent plus que d’autres…

Raymond, 18 ans, étudiant en BTS, pseudo : Kolsti / Rayy2k.

Jeux préférés : World Of Warcraft, StarCraft 2, League Of Legends, Counter Strike.

Pourquoi ces jeux-là ? DansWoW, Counter Srike et LoL, ce qui m’a toujours attiré, c’est le fait de jouer en groupe. Devoir se coordonner avec des amis ou même des inconnus en réseau pour appliquer des stratégies, faire vivre l’esprit d’équipe… C’est ça qui est génial. Mais pour d’autres jeux je privilégie l’aspect « solo ». Comme dans StarCraft 2, auquel je joue surtout pour me détendre.

Si je devais me qualifier en tant que joueur… je dirais que j’ai été un temps un gros « hardcore gamer », je tournais autour de 6 heures de jeu par jour en semaine et 26 heures de jeu le week-end… J’ai même été classé dans le Top10 français sur World of Warcraft ! Maintenant je suis plus un joueur occasionnel, je suis passé de 50 à 10 heures par semaine, mais avec un bon niveau tout de même (Top800 Européen sur LoL et sur StarCraft 2).

Influence du jeu dans ma vie ? Oui, ils ont une influence sur moi, mais positive. Déjà ça m’a clairement permis d’améliorer mon anglais. C’était nécessaire pour communiquer en réseau. Ça développe aussi certaines aptitudes, comme l’esprit d’équipe, la prise de décision rapide, les réflexes, l’ouïe et l’anticipation. Et contrairement à ce que tout le monde pense, ça me permet aussi de canaliser l’énervement, et de me détendre, même avec des jeux violents ! L’ouverture d’esprit aussi, sachant que les seules limites qu’on s’impose sont celles des hommes. A travers le numérique, des personnes complétement différentes peuvent se côtoyer et c’est ça la beauté du gaming.

C’est quoi pour toi un No-Life ? Pour moi, un no-life est quelqu’un qui n’arrive pas à concilier vie réelle et vie numérique. Sa vie numérique prend le pas sur sa vie réelle et il n’a plus la même notion de « life » d’où l’expression no-life pour moi. La limite, elle est fixée par ce que l’on décide. Si on fait passer les jeux vidéo absolument avant tout, c’est qu’il y a un souci. Les cybers athlètes (joueurs électroniques professionnels, liés à leur organisation par des contrats) suivent un régime précis comme des sportifs de haut niveau et c’est là que joue la différence entre un vrai joueur et un no-life.

Les jeux vidéo peuvent-ils représenter un danger ? Oui les jeux peuvent représenter un danger. Si on en abuse, cela peut engendrer des problèmes de santé, de vue etc. Mais si on arrive à bien modérer son temps de jeu, je pense qu’il n’y a aucun danger.

>Il arrive que les jeux vidéo prennent une place trop importante dans la vie d’un adolescent. Mais quand on arrive à faire la part des choses, en sachant prendre le bon qu’ils peuvent nous apporter et en laissant de côté les risques et les vices, ils ne sont pas un frein dans la vie. S’ils commencent à prendre trop de place, connaître les risques est bon pour savoir se remettre en question et s’assurer qu’on ne gâche pas ses études ou sa vie professionnelle au profit de notre vie virtuelle…

Fabrice, 21 ans, étudiant  en licence de marketing international en Argentine, pseudo : Didjcost.

Jeux préférés ? GTA, Counter Strike, Need For Speed, Far Cry.

Pourquoi ces jeux-là ? J’aime vraiment tous les basiques : FPS, Course, Action/aventure, Sport. Mon type de jeu, c’est ceux dont on ne se lasse pas. Des scenarios en béton, une bonne jouabilité, du fun…

Tout a commencé… vers 10 ans je dirais. J’avais reçu une playstation pour Noël ! Mon premier jeu sur cette PSOne c’était Formula1 de je ne sais plus quelle année… 98 peut-être.

Si je devais me qualifier en tant que joueur… J’ai vraiment joué à fond sur un jeu pendant quelques années… Counter Strike c’était presque devenu une drogue. Les guerres en équipes jusqu’au bout de la nuit pendant tout le lycée… Je l’ai jeté aux oubliettes quand j’ai voulu prendre en main mes études. Ce qui a été fatal pour moi, c’est l’apparition du live/multijoueurs. Les sensations de jeu sont totalement différentes mais l’addiction est bien présente.

Influence du jeu dans ma vie ? L’influence de ces jeux sur moi ça a surtout été un changement de centres d’intérêt. Ce changement-là, quand on joue trop, il est vraiment négatif aux yeux des autres. Pas pour soi, on ne voit pas le problème, et le risque est là, justement. C’est surtout un exutoire. Ceux qui disent qu’on devient violent en jouant à des jeux violents se trompent à mes yeux. Je pense que c’est tout le contraire.

C’est quoi pour toi un No-Life ? Quand jouer passe avant les autres activités, à n’importe quelle heure. Si on hésite à sortir avec des amis, qu’on oublie de manger parce qu’on veut jouer… Voire même quand aller aux toilettes devient secondaire.

Les jeux vidéo peuvent-ils représenter un danger ? Si le gaming reste raisonnable en temps, ce n’est pas un danger. C’est même tout le contraire ! On passait des moments géniaux avec les jeux d’avant, et avec les nouvelles technologies c’est encore plus fou… Personne ne pourrait diaboliser totalement les jeux vidéo.

>La plupart des psychologues recommandent simplement aux parents de cadrer le temps passé à jouer et de s’y intéresser. Avec modération tout de même, car le jeu peut vite être contagieux ! Et quand les parents ont fait partie de la génération des précurseurs du jeu vidéo, l’addiction peut devenir une histoire de famille !

Manue, 34 ans, mariée, maman de deux enfants (3 et 6 ans), cadre militaire, pseudo: Kryptomanu.

Jeu préféré : Guildwars

Pourquoi ce jeu-là ? Je suis à fond dans les MMORPG ( Massively Multiplayer Online Role Playing Games, que l’on peut traduire ainsi : jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs) pour l’instant, notamment sur Guildwars 2 et c’est une véritable tuerie. Ils arrivent à chaque période de l’année (Halloween, Noël…) à proposer de nouveaux mondes dans le jeu et tout est gratuit. Ce type de jeu comme World Of Warcraft permet à la fois en solo de faire évoluer sa quête perso, mais aussi de jouer à plusieurs en ligne sur la même mission. Notre guilde les Sushiwariors regroupe une quinzaine de personnes de 6 à 55 ans qui ne se prennent pas la tête, c’est du fun assuré tous les soirs !

Tout a commencé… quand mon père m’a mis un « jeu électronique » dans les mains, je devais avoir entre 5 et 6 ans. Je me rappelle de deux de mes premiers jeux que j’ai eus en même temps : un jeu de requin qui devait manger des poissons et mon préféré un jeu de briques à casser. Les deux jeux ne faisaient bien sûr pas plus de 15 cm de largeur avec un écran de 3 à 4 cm.

Si je devais me qualifier en tant que joueur… Je suis un gamer normal, ou plutôt une gameuse ! Simplement, je ne suis pas accro. Je dis souvent que je me fais absorber par une sphère spatio-temporelle à chaque fois que je joue car les soirées passent très vite, mais ce n’est pas tous les soirs.

Influence des jeux vidéo dans ma vie ? Les jeux ont forcément une influence car on développe des compétences devant son écran (réflexion, calme, réactivité…) qu’on le veuille ou pas et contrairement à ce que certains pensent on peut aussi développer sa sociabilité ! Voir dans certains cas de l’amitié. Dans ma guilde il y avait un perso avec qui je m’entendais bien, ça a été trop sympa de se rencontrer en vrai. On avait l’impression de se connaître depuis longtemps sans jamais s’être vus ! En plus de ça, les jeux t’ouvrent surtout le monde de l’imaginaire et te permettent de rêver éveillé ! Ça te fait aussi développer ta connaissance de toi-même. Quand tu crées un perso par exemple, tu le construis soit comme tu es, soit à l’inverse, comme tu aimerais être. Et ça t’oblige à te remettre en question.

C’est quoi pour toi un No-Life ? Un No-Life c’est quelqu’un qui croit que son jeu est réalité. Il n’est plus capable de faire autre chose que de penser à jouer. Il refuse toute autre activité. Par exemple, le jour où je préfèrerai me connecter sur mon jeu préféré au lieu de répondre  aux questions d’un journaliste, alors là, je serai une vraie No-Life !

Les jeux vidéo peuvent-ils représenter un danger ? Un danger ? Non, mais je pense qu’il ne faut pas faire que ça sinon on réduit son ouverture d’esprit et sa culture. Pour les ados ou les enfants, il est important de leur faire toucher à autre chose pour qu’après quand ils deviennent adultes ils puissent choisir de devenir un No-Life ou un gamer amateur en toute connaissance de cause.

Avec mon mari qui est aussi un gamer, on a initié nos deux enfants qui jouent depuis qu’ils peuvent prendre quelque chose dans leur main. Ils ont grandi avec la xbox360, la PS3 et l’Ipad et pourtant ça ne les empêche pas de lire un bon livre le soir avant de se coucher (enfin regarder les images pour l’instant !). Je pense qu’aujourd’hui les jeux vidéo sont rentrés dans la culture. Tout le monde y sera confronté un jour ou l’autre.

Propos recueillis par Jean-Michel Matricon