Première étape pour devenir compagnon

 

Samedi 8 février, à Cagnes-sur-Mer, la maison des Compagnons du devoir a célébré la cérémonie d’adoption de deux jeunes apprentis.

La cérémonie d’adoption est la première étape de la longue ascension pour devenir compagnon. À l’issue d’un travail d’environ 150 heures et d’une évaluation de l’insertion au sein de la communauté, chaque apprenti peut devenir « aspirant ». Une cérémonie très solennelle, divisée en deux étapes : l’une privée, c’est-à-dire uniquement entre le futur compagnon et le prévôt (le responsable de la maison), l’autre ouverte aux familles.

Dans la petite salle à vivre de la maison de Cagnes-sur-Mer, la lumière est tamisée. Sur le mur : « les conduites à tenir des Compagnons du devoir ». Les deux apprentis, qui deviendront « aspirants » grâce à cette cérémonie et qui pourront ainsi partir sur les routes de France, se tiennent devant. Face à eux, les autres compagnons et futurs compagnons de la maison, mais aussi leurs familles. La maîtresse de maison est là également. Plus que gérer l’administration interne de la maison, elle est présente à n’importe quel moment simplement pour discuter ou se confier.

D’apprenti à « aspirant » compagnon

 La célébration commence avec la parole d’accueil du compagnon Meneyrol, compagnon depuis plus de quarante ans. Ensuite, une vidéo sur l’évolution de l’être humain est projetée sur le mur, vidéo dans laquelle on retrouve le compagnon et ses valeurs. Tout le monde est attentif. Viennent ensuite les symboles du compagnonnage, frappés sur les « couleurs » des nouveaux aspirants : le blason de leur métier, mais aussi le labyrinthe, qui rappelle de ne pas s’arrêter malgré les embûches, et la Tour de Babel, signe de disharmonie chez les hommes. La « couleur » est une sorte d’écharpe unique à chacun, « un passeport » que se voient remettre ce soir les deux « aspirants », avec la canne de compagnon.

Les « aspirants » doivent également choisir un nom de province. L’identité civile n’existe plus, tous s’appellent par leur nom de province. Cela leur permet d’être sur un pied d’égalité mais aussi de garder un lien avec leur région natale. Ce soir, le paysagiste devient Beaujolais et le chaudronnier devient Picard.

La suite de l’événement se déroule dans une autre salle. Sur le trajet, le cortège de voitures klaxonne et met les warnings. Une ambiance comparable à celle d’un mariage, représentative de l’importance qu’a ce jour pour les deux apprentis devenus « aspirants ». Ce n’est pas seulement une douce écharpe de velours colorée qui leur a été remise ce soir, ce sont les valeurs de la communauté des Compagnons du devoir. Par cette « couleur », les futurs compagnons acquièrent une responsabilité et une reconnaissance au sein de la communauté. « J’ai en quelque sorte signé pour respecter et transmettre les valeurs du compagnonnage », explique le nouvel « aspirant » Beaujolais.
L’ambiance est chaleureuse. Les conversations fusent. On rit, parle d’ateliers ou de répartition du ménage.

« Ô vieux devoir tu seras éternel »

Chanter. Que seraient les Compagnons du devoir sans leurs nombreux chants ? Ils ont tous leur « chansonnier », un recueil de plus de 200 chansons compagnonniques. Le « rôleur », bras droit du prévôt de maison et maître de cérémonie, se lève et tape le sol de sa canne. Le silence se fait. Puis, d’une formule précise il appelle un compagnon pour chanter. Celui-ci se lève face à l’assemblée, vêtu de sa « couleur », et annonce la chanson. De leurs mains abîmées, tous attrapent leur chansonnier et chantent chaque refrain. À la fin, ils applaudissent dans un rythme accordé et tapent sur les tables. Quelques verres se renversent, laissant une odeur de vin au fil de la soirée.

Les compagnons du devoir apprennent un métier dans une tradition qui leur est propre. Chaque compagnon qui se sédentarise se doit de transmettre son savoir au sein des Compagnons par les cours du soir. Évidemment, certains peuvent s’en détacher quelques années, mais tous y reviennent un jour. Comme ils disent : « Un compagnon est compagnon toute sa vie ».

Eloïsa PATRICIO