Une mer à bout de souffle

70% de la végétation sous-marine primaire a disparu en Méditerranée. De nombreux écosystèmes à l’origine de la vie et de la diversité maritime sont menacés par l’Homme.

La posidonie forme de vastes herbiers entre la surface et quarante mètres de profondeur. (Crédit photo : Willy Couard)

La posidonie forme de vastes herbiers entre la surface et quarante mètres de profondeur. (Crédit photo : Willy Couard)

En ligne de mire, les fonds coralligènes (fonds durs, principalement produits par l’ accumulation d’algues calcaires) et les herbiers de posidonie qui constituent les principaux foyers de la biodiversité des zones proches des côtes méditerranéennes. “La posidonia oceanica (espèce de plante à fleurs aquatiques) est le poumon de la Méditerranée. Elle renouvelle l’oxygène ”, souligne Antoine Lafitte, expert des problématiques en gestion intégrée des zones côtières, pour l’association plan Bleu. Ces organismes sont “particulièrement sensibles aux changements globaux”, confirme Pierre Chevaldonné, chercheur à l’IMBE (Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale). L’herbier de posidonie constitue l’écosystème majeur de la Méditerranée, qui accueille 25% de l a biodiversité.

Source importante de nourriture, protection contre l ’érosion du littoral mais sur tout producteur d’oxygène, la posidonie capture même le carbone en plus grande quantité que les forêts – d’après une étude publiée dans la revue Nature Geoscience. Mais malgré l’importance de cette végétation, les sources de destruction sont multiples. “La pêche et les ancres de bateaux arrachent cette herbe qui pousse lentement.”

Un problème global, une réglementation éparse

La préoccupation vient aussi du réchauffement climatique, qui a un impact majeur sur la biodiversité méditerranéenne. Les fonds coralligènes ont été touchés plus tardivement du fait de leur localisation (plus en profondeur que les herbiers de posidonie), mais n’ échappent pas au danger. “C’est un haut lieu de la biodiversité méditerranéenne, où le corail rouge se développe”. En 1999, dans la région nord-ouest de la Méditerranée, les scientifiques avaient observé un phénomène de mortalité du corail rouge (1). Les températures élevées durant l’été ont notamment été mises en cause par les chercheurs. Ce qui explique pourquoi les populations les plus proches de la surface étaient les plus touchées. En France, les herbiers de posidonie sont protégés par l ’Arrêté interministériel du 19 juillet 1988. Mais d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre, les mesures concrètes de protection sont inégalement appliquées. Quant aux fonds coralligènes, leur beauté fait l’objet d’un tourisme sous-marin croissant qui menace leur existence. Antoine Lafitte note “ qu’ i l y a (globalement) une prise de conscience marquée des enjeux environnementaux liés à la mer. Les élus ont instauré de meilleures protections environnementales”. Ce chercheur travaille pour le Plan Bleu, un observatoire de la Méditerranée créé en 1975 dans le cadre du programme des Nations Unies en Environnement (PNUE) .

Soraya Bezombes

Nicolas Richen

(1) J.Garrabou, T.Perez, S.Sartoretto, J.G. Harmelin. 2001. «Mass mortality event in red coral Corallium rubrum populations in the Provence region (France, NW Mediterranean)». Marine Ecology Progress Series, July 31, p 271.