Nanni Moretti, le «Machiavel»

Habitué de la Croisette, le réalisateur italien y a également officié en tant que juré en 1997 et en tant que président du jury en 2012. Deux passages qui suscitèrent la controverse lors des délibérations.

Si Nanni Moretti est toujours bien accueilli à Cannes pour ses talents de cinéaste, nul doute que le Festival du film n’oubliera pas non plus ses passages au sein du jury. En 1997, alors juré aux côtés de la présidente Isabelle Adjani, le réalisateur italien met tout en œuvre pour voir Le goût de la cerise d’Abbas Kiarostami triompher. Isabelle Adjani préférant The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan, Nani Moretti va alors faire l’incroyable demande au Festival d’accorder deux Palmes d’or cette année-là. Mais au dernier moment, celui qui sera par la suite dénommé « Machiavel » par Adjani, vote finalement pour l’Anguille de Shohei Imamura, qui arrivera ex-aequo avec Le goût de la cerise. Une revanche sur l’actrice et présidente du jury, qui aurait été exécrable avec ses collègues tout au long de la quinzaine.

Nanni Moretti crédit le pacte

Soupçonné de favoritisme

Lorsque Nanni Moretti endosse à son tour le costume de président du jury en 2012, une nouvelle controverse voit le jour. Sur six films récompensés, quatre d’entre eux, dont Reality de Matteo Garrone, sont coproduits par Le Pacte, qui a distribué Habemus Papam (2011) de Nanni Moretti. Une coïncidence que la presse ne tarde pas à commenter. « C’est tellement un palmarès Moretti que l’on peut s’interroger sur le conflit d’intérêts » déclare t-on sur France Inter. Des suppositions que Thierry Frémaux, délégué général du Festival, démentira après-coup, expliquant qu’il aurait fallu que les huit autres jurés suivent la combine du réalisateur italien. En 2004, Quentin Tarentino avait lui aussi été accusé de favoritisme en palmant Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.

Antonin Deslandes