Vers une nouvelle presse locale

Se rapprocher géographiquement et thématiquement de chacun de ses lecteurs : c’est la piste ouverte par les intervenants du débat « Quand la presse locale innove », ce mardi 9 mars aux Assises du journalisme. Non sans réserves de la part des journalistes.

Quand on pense à la presse locale, « innovation » n’est pas nécessairement le premier mot qui vient à l’esprit. Pourtant, « Quand la presse locale innove » était bien le sujet du débat organisé au Centre de congrès de Tours, au début des Assises du journalisme 2016, le mercredi 9 mars. Les spectateurs étaient nombreux. Une vingtaine ont dû se réfugier contre le mur du fond de la salle, ou s’asseoir dans l’allée centrale. Parmi eux figuraient de nombreux étudiants, preuve que le journalisme de proximité attire toujours les nouvelles générations.

De nombreux jeunes étaient prêts à rester debout ou à s'asseoir par terre pour découvrir des pistes d'avenir pour la presse locale. (Crédit photo : Armand Majde)

De nombreux jeunes étaient prêts à rester debout ou à s’asseoir par terre pour découvrir des pistes d’avenir pour la presse locale. (Crédit photo : Armand Majde)

« La presse locale est, comme toute la presse, confrontée au défi du numérique », commence Patrick Eveno, professeur d’économie des médias à la Sorbonne. Or la révolution numérique n’est pas un simple changement de support, c’est « la prise de pouvoir du public sur la production de l’information » grâce aux nouvelles possibilités d’interaction qu’elle ouvre. Ce même public est plus sélectif que jamais : « on a une offre exponentielle et chacun fait son marché (…) dans l’ensemble des industries culturelles ».

Priorité à la personnalisation…

Par conséquent, « il faut arrêter de faire le même produit pour tout le monde », enchaîne Jean-Pierre Vittu de Kerraoul. Sa société de presse, Sogemedia, publie une vingtaine d’hebdomadaires régionaux, notamment les nombreuses éditions de L’Observateur dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Elle a fait l’acquisition d’une imprimante à jet d’encre. Elle utilise la même technologie que les imprimantes à destination des particuliers, appliquée à une rotative. « Le grand avantage de l’impression à jet d’encre par rapport à l’impression offset, c’est qu’on peut faire de plus petits tirages sans payer cher », avance Jean-Pierre Vittu de Kerraoul. Elle est plus lente, mais c’est le prix à payer pour « construire un journal comme le lecteur le veut ».

Jean-Pierre Vittu de Kerraoul a évoqué les possibilités ouvertes par de nouvelles méthodes d'impression, et éventuellement de distribution. (Crédit photo : Armand Majde)

Jean-Pierre Vittu de Kerraoul a évoqué les possibilités ouvertes par de nouvelles méthodes d’impression, et éventuellement de distribution. (Crédit photo : Armand Majde)

Mais « une fois que le journal est personnalisé, comment est-il vendu ? », s’interroge un pigiste montpelliérain, ancien journaliste du Midi Libre. « J’imagine que c’est complexe au niveau logistique. » La difficulté de la distribution dépend de la façon de personnaliser. S’il s’agit d’ajouter des éditions locales, avec un découpage plus fin, les circuits traditionnels suffisent. « Là où ça se complique », admet Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, « c’est quand on veut offrir un choix au lecteur avec des contenus thématiques différents », en permettant par exemple de remplacer des rubriques qu’on ne lit pas. Le président de Sogemedia n’a pas de réponse concrète dans ce cas, mais imagine un nouveau système où chaque lecteur pourrait s’abonner chez sa maison de la presse ou son buraliste. Il y recevrait une édition marquée de son nom, avec les rubriques qu’il désire.

au détriment de l’information ?

« Mais est-ce qu’on oublie le mot information ? », proteste une élue de la CFDT, journaliste à Ouest-France après une longue discussion sur la personnalisation et le meilleur ciblage publicitaire qu’elle permet. Pour elle, l’innovation commence par le contenu. Elle évoque les initiative d’Ouest-France « même dans les villages les plus reculés il se passe des choses, on les valorise et le lecteur se sent valorisé ». En réponse, Jean-Pierre Vittu de Kerraoul reconnaît que « l’information est son coeur de métier » et que les nouveaux outils qu’il propose ne seront décisifs que si les journalistes les utilisent de façon pertinente.

Armand Majde

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