La schizophrénie en proie aux idées reçues

Pauline Rouyre est étudiante en psychiatrie au CHU de Toulouse. Elle étudie la perception de la schizophrénie par les étudiants en journalisme, au cours de conférences menées dans cinq écoles reconnues.

A travers cette démarche, Pauline Rouyre espère mettre en lumière les idées reçues qui entourent la schizophrénie et freiner la stigmatisation véhiculée par les médias pour aider les personnes qui en sont victimes. Pour ce faire l’intervenante fournit de nombreuses et intéressantes informations qui bousculent les préjugés. Il est par exemple surprenant d’apprendre que c’est une des maladies mentales les plus fréquentes puisqu’elle touche une personne sur cent. Cette psychose apparaît souvent entre 15 et 25 ans et se déclenche de manière progressive ou brutale. Le cannabis en est un des déclencheurs connus mais ne peut pas en être l’unique cause. Son apparition résulte d’une combinaison de facteurs, qui peuvent être de nature génétique, neurologique ou encore biologique.

Pauline explique aux étudiants que l’origine-même du mot schizophrénie, qui signifie « diviser » et « pensée », a répandu la fausse idée populaire du dédoublement de personnalité. En effet les symptômes de ce trouble mental sont plus complexes. Ils peuvent se traduire par des délires, des hallucinations ou encore des interprétations erronées qui peuvent donner au malade l’impression d’être persécuté et le rendre paranoïaque. L’entente de voix est aussi un des effets connus mais il reste rare. Le plus souvent, les personnes atteintes de cette maladie souffrent de syndromes non visibles comme le repli social, la perte de motivation ou encore l’incohérence de la pensée. Par exemple un malade peut sourire tout en parlant de quelque chose de triste. C’est ce genre de comportement qui fait associer la schizophrénie à quelque chose d’anormal dans l’imaginaire collectif.

13ème journées francophones de la Schizophrénie (Crédit photo : Shiz’ & the city)

Demain 18 mars commencent les 13ème journées francophones de la Schizophrénie. (Crédit photo : Shiz’ & the city)

Des malades victimes de violences

L’intervenante fait tomber un autre préjugé, celui de la violence systématique. Contrairement à ce que l’on peut croire, elle n’est présente que dans 10% des cas et elle est souvent liée à l’absence de soins ou à la consommation de toxiques. Les personnes atteintes de ce handicap sont au contraire bien plus souvent victimes qu’auteures d’agressions. Elles endurent davantage de violences physiques, d’agressions sexuelles, de discrimination ou d’escroqueries que le reste de la population. Une information qui met à mal les idées reçues.

D’après Pauline Rouyre les médias participent largement à la stigmatisation de la schizophrénie en l’associant au « sensationnalisme ». Elle avance sa thèse en s’appuyant sur une recherche menée sur cinquante articles contenant le mot « schizophrène » : parmi eux 41% étaient associés à un fait divers violent. Une thèse qui vient d’être confirmée par une étude accablante de l’association PromesseS, membre du Collectif Schizophrénies.

Malheureusement les malades sont les premiers à subir ces fausses représentations. Etant eux-mêmes imprégnés de ces préjugés ils sont très nombreux à se réfugier dans le déni et 10% préfèrent s’ôter la vie plutôt que de vivre avec cette psychose. Un chiffre inacceptable dès lors que l’on sait que c’est une maladie chronique qui peut être améliorée si elle est soignée. Les médias ont donc très certainement un rôle à jouer pour mettre fin à la stigmatisation de la schizophrénie en ouvrant le débat sur l’ignorance qui entoure cette maladie mentale. Des investissements dans la recherche sont assurément indispensables pour mieux la comprendre et accompagner les 660 000 français qui en souffrent. Une situation que la politique de santé publique ne peut plus se permettre d’ignorer.

Le saviez-vous ?

La 13ème  édition des Journées Francophones de la schizophrénie se déroulent du 18 mars au 27 mars 2016. Au total neuf pays participent à cet évènement à travers de nombreuses actions. Retrouverez plus d’informations en cliquant ici.

Elsa Hellemans