Le harcèlement de rue : un fléau du quotidien

« T’as vu comment tu étais habillée ? », « Non mais tu l’as cherché aussi », « Tu n’avais qu’à pas mettre une jupe » : ces remarques, les victimes de harcèlement de rue les entendent au quotidien. La lutte contre ces attaques reste un laborieux combat à mener. Elles sont des femmes, et ont toutes subi ce harcèlement : elle se livrent à Buzzles.

Selon une enquête menée par le mouvement Hollaback! et l’université de Cornel en France, 82% des femmes ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant 17 ans. Mais le harcèlement de rue, qu’est-ce que c’est exactement ? C’est l’ensemble des comportements à caractère sexuel ou sexiste que peut subir une personne dans l’espace public. Le harcèlement de rue blesse, humilie, insulte et provoque. Qu’importe la tenue ou l’âge, les remarques persistent. Pour Julia, 18 ans, étudiante à Nice, cela a commencé à l’adolescence, « quand je descendais du lycée pour aller en ville, je savais qu’on allait me siffler, me mater et me faire des commentaires sur mon corps. » Leïla, elle, 17 ans et lycéenne niçoise, se rappelle de la première fois : « Dans le bus, à chaque trajet, le même homme se collait contre moi et je le sentais me caresser, j’étais en troisième, j’avais peur d’en parler.» Et malheureusement, nombreuses sont celles qui restent impuissantes, non car elles sont peu courageuses mais par peur des représailles. « Si je commence à répondre je vais blesser leur fierté et comme ils sont souvent en groupe, ils vont se sentir obligés de répondre plus violemment », confie Julia. Pour Laura, Cannoise trentenaire, « dès qu’il y a un rejet, il y a de l’agressivité et femme ou pas femme, ils peuvent frapper. »

“On finit par penser qu’on le cherche“

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« American girl in Italy », une scène recomposée mettant en scène le machisme ordinaire dans une rue de Florence, 1951 (Crédit photo : Ruth Orkin )

Le fléau est tel que les comportements finissent par être assimilés et normalisés par les victimes. En partie parce que ceux qui ne le subissent pas tentent de l’excuser, notamment en stigmatisant la victime pour sa tenue. Mais le fait est qu’aucun choix vestimentaire ou esthétique ne justifie le fait d’être agressé, que ce soit verbalement ou physiquement. Cependant, afin d’éviter et de limiter les agressions, certaines personnes finissent par être conditionnées par l’oppresseur. « J’ai des automatismes que je ne devrais pas avoir, on finit par penser qu’on le cherche », livre Mathilde, étudiante en journalisme, originaire d’Orléans. « Cela conditionne ma tenue et les trajets que je prends, je finis par savoir où je ne dois pas aller. », avoue Leïla.

Le harcèlement devient marathon, où l’oppresseur se passerait le relais de main en main et de rue en rue pour agresser. Cet acharnement provoque un impact considérable sur l’image que les victimes ont d’elles-mêmes. « On a l’impression d’être des morceaux de viande », « On se sent sale après ».

« Ce ne sont plus des comportements à changer mais des éducations à refaire »

Face à ceux qui banalisent le harcèlement de rue, Julia rétorque : « Il n’est pas normal de ne pas pouvoir marcher librement sans être jugée, ce ne sont plus des comportements à changer mais des éducations à refaire. » Tandis que Laura leur répond : « Leur première nuit à l’hôpital leur fera peut-être changer d’avis. » En effet, si le « streetharrassment » ne se cantonne généralement qu’à des mots, il peut parfois dégénérer allant jusqu’à l’agression sexuelle et physiqueC’est pour cette raison que Pauline, étudiante en hôtellerie et  lyonnaise de 18 ans, s’est inscrite à des cours d’auto-défense, « si j’ai commencé, c’est avant tout pour pouvoir me protéger et me défendre quand je rentre chez moi ». Nina, 27 ans et bordelaise, privilégie la compagnie : « Avec mes amies, on préfère s’accompagner. On se sent plus fortes ensemble ». Le site TerraFemina, lui, nous donne quelques façons créatives de réagir.

Car le harcèlement de rue a cette caractéristique qui fait que le profil de l’agresseur est tout aussi varié que celui de la victime. Il n’existe pas de profil-type dharceleur de rue. Les hommes de tous milieux professionnel et social sont concernés. Cela démontre qu’il reste une longue bataille à mener face aux idées reçues. La lutte contre le harcèlement de rue ne se fera pas seule. C’est toute une conception de la femme et du respect qui est à revoir, pour, peut-être, tendre vers des rues qui n’auront plus à être traversées dans la peur et l’angoisse.

Roberto Garçon

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