février 03

Un sans-abri meurt à Nice

@LolitaAboa, le samu tente de réanimer la victime
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En arrivant à la gare de Nice-ville, des flashs bleus détonnent dans le
calme de la nuit. Sur la place, deux ambulances et un petit attroupement de
personnes.

Pas besoin d’aller bien loin pour apercevoir la scène désolante en train de
se produire. Devant l’une des entrées de la gare gît un corps enveloppé d’une
couverture de survie. Autour de lui, l’équipe médicale s’active. Certains sont
en jaune fluorescent, d’autres en combinaison blanche. « Ça fait 2 h
qu’ils tentent de le réanimer
 » commente un spectateur. Les intervenants
se relaient pour effectuer des massages cardiaques : l’homme reste
inconscient. L’alerte a été donnée par un agent de sécurité. Lorsqu’il trouve
l’homme couché dehors de manière anormale, il décide d’appeler les secours.

« Il s’appelait Abdel »

Ce lundi 28 janvier, la scène semble banale. Les passants vont et
viennent sur la place. Certains jettent un bref regard sur la scène qui se
déroule, d’autres ne la remarquent pas. Un retardataire court pour rattraper
son train ; il frôle sans y faire attention, les bandes qui délimitent la zone
de réanimation. Des sans-abris sont présents. Ils affichent un air détaché.
L’un d’entre eux témoigne : « Je l’ai rencontré il y a à peine trois
jours. Les quelques couvertures qu’il a, c’est moi qui les lui ai donnés. Il
était tout le temps défoncé, hier encore, il était à l’hôpital à cause de ça.
Il tombe souvent et finit par se relever. Je ne sais pas s’il va se relever
cette fois-ci.
 ». Carle, auteur du témoignage, affirme qu’il n’en a « rien
à foutre ». « Je le connaissais à peine, on se parlait très peu. Qu’est-ce
que vous voulez que ça me fasse ?
 » complète-t-il. Pourtant, quand on lui
demande ce qu’il ressent à la vue de cette scène, ses yeux se perdent dans le
vide. L’ambulancière demande à Carle d’identifier la personne présentement
allongée, celui-ci marmonne : « Je sais juste qu’il s’appelait Abdel,
rien de plus 
».

Le phénomène n’est pas rare

Deux agents de sécurité sont présents. Pour eux, rien d’anodin : « Ça
fait 7 ans que je travaille ici. La dernière fois que ça s’est produit,
c’était en 2014 
» confie Brice, la quarantaine. Il fait référence au SDF
de nationalité russe
, mort dans une bagarre qui aurait mal tourné. Celui
qui a contacté le SAMU hausse les épaules : « Ça arrive tout le temps ».
Les médecins-urgentistes continuent les massages cardiaques. Un triste désarroi
règne dans la désinvolture ambiante. Les autres squatteurs regardent fixement
la scène, d’autres s’agitent. « Arrêtez de regarder ! » scande un
individu vêtu très légèrement en ce mois d’hiver. « C’est avant qu’il
fallait se préoccuper de lui, maintenant c’est trop tard !
 » La tension
est palpable. « Je ne crois pas qu’il va s’en sortir », commente l’un
des passants qui s’sont aussi arrêtés. Il est étudiant en médecine et observe
la réanimation avec intérêt. Une demi-heure passe encore, le diagnostic
tombe : la personne est morte après une prise de drogue, aggravée par
l’alcool et le froid d’après les médecins.

Les sans-abris en hiver

La liste des morts dans la rue est difficile à établir. Le Collectif les Morts Dans la Rue
(CMDR) s’est donné pour objectif de recenser le plus grand nombre de décès
souvent méconnus du grand public. Pour l’instant, ils estiment n’avoir pu
recueillir que 17 % de décès. 83 % restent donc inconnu. Le début du
mois de janvier compte au moins 32 SDF morts de 44 ans en moyenne.
Plus d’un SDF par jour meurt donc dans les rues de France. Les chiffres sont
stables depuis 2014, avec près de 500 morts par an selon le CMDR. Leur
nombre pourrait pourtant être multiplié par six, selon un calcul réalisé par
les statisticiens mandatés par le collectif. 

Lolita Aboa