[Le Phoenix] Banksy et la Palestine

À Bethléem en Cisjordanie, l’artiste anonyme Banksy a redécoré les murs. (Source : Jonas K. – Flickr)

Bien qu’anonyme, l’artiste de rue britannique Banksy est mondialement connu pour son art engagé et souvent sarcastique. Les conditions de vie des Palestiniens comptent parmi les causes qu’il défend, de ses graffitis dénonciateurs sur la barrière de séparation israélo-palestinienne à l’hôtel qu’il a fait construire à Bethléem.

Le débat sur la nature antisémite de l’antisionisme fait rage en France. Pourtant, de nombreux artistes ont ouvertement défendu la cause palestinienne au fil des années. Parmi eux, Banksy. Le célèbre street artist anonyme connu pour ses prises de position a, à plusieurs reprises, exprimé son soutien pour la Palestine à travers son art. En particulier sur le mur de séparation qui traverse les territoires palestiniens, Bansky a effectué une série de graffitis symboliques maintenant célèbres, allant même jusqu’à faire construire un hôtel en face du mur, se vantant d’avoir « la pire vue au monde ».

Tout le monde, ou presque, connaît le mur de Berlin, et l’hypothétique mur de Donald Trump à la frontière mexicaine. Il existe un autre mur de séparation, moins connu : celui édifié et toujours en construction par Israël sur sa frontière avec la Palestine (ou Cisjordanie) depuis 2002, pour des raisons de sécurité, et devant atteindre 700 kilomètres de long. Hic : le mur ne suit que 15% de la frontière, dite « ligne verte », et s’enfonce profondément dans les territoires palestiniens. Cet agencement n’est pas sans conséquence : les terres et les habitants situés entre le mur et la frontière se retrouvent isolés. Des commerces et habitations sont détruits pour le bien du chantier, portant un lourd coup à l’économie : près de 200 boutiques rasées ; en 2003, un marché entier était détruit, trente minutes seulement après que les commerçants ont été avertis. Des familles sont alors séparées, puisque vivant dans des villes palestiniennes de part et d’autre du mur, et qu’il est difficile d’obtenir une autorisation pour traverser le mur. Des arbres sont déracinés en masse, des conduits et infrastructures détruits. Des hôpitaux sont séparés de leur patientèle et une partie de la population sans accès aux soins. Juridiquement parlant, le mur est condamné par l’ONU et la Cour internationale de justice, jugé « contraire au droit international ».

La barrière de séparation, qualifiée de « mur de l’Apartheid » par les Palestiniens, a provoqué un effondrement de l’économie palestinienne. (Sources : Ulkoministeriö (gauche), Adam Walker Cleaveland (droite) – Flickr)

« En Palestine, il y a un mince espoir pour que l’art apporte quelque chose d’utile »

À Bethléem pourtant, Banksy a fait de ce mur sa toile depuis 2003. La célèbre petite fille aux ballons a été reproduite dessus. D’autres graffitis en trompe-l’œil, donnent l’impression que des brèches ont été ouvertes dans le mur. Une autre section du mur est ironiquement flanquée d‘un « make hummus, not walls » (faites du hummus, pas des murs). Plus loin dans la ville, l’original « Flower thrower » (le lanceur de fleurs), peut-être la plus connue de ses œuvres, décore le mur d’un bâtiment démoli : un militant se préparant à lancer un bouquet de fleurs comme il jetterait une pierre. Il est dit que les locaux aiment tellement la peinture, qu’ils l’ont surnommée « The Angel » (l’ange), et qu’ils ont fait garder le bâtiment intact. Un autre mur encore arbore une colombe portant en son bec un rameau d’olivier et vêtue d’un gilet pare-balles. Les taxis locaux peuvent même vous proposer des « parcours Banksy » non officiels.

En mars 2017, Bansky a financé et fait construire le Walled Off Hotel, un hôtel trois étoiles situé juste en face du mur. Des œuvres peintes de l’artiste, ainsi que des œuvres d’artistes palestiniens y sont entreposées dans une galerie ; un musée, une librairie, et une boutique proposant des répliques miniatures exclusives des graffitis de Banksy sur le mur, sont également trouvables dans l’hôtel. Son site web précise d’ailleurs que les bénéfices sont versés aux projets locaux et que l’hôtel est un « business local indépendant ». Sur le ton ironique que l’on pourrait attendre de Banksy, le site se vante d’avoir « la pire vue au monde », et explique que taguer le mur n’est « pas pas légal », puisqu’en soi, le mur n’est lui-même pas légal.

Sur YouTube, Banksy a documenté son voyage clandestin à Gaza en vidéo. (Source : banksy.co.uk)

« Vous voyez que ces inégalités sont entièrement évitables »

À des kilomètres de là, Banksy a également laissé sa trace dans la ville de Gaza, où il s’est rendu clandestinement en 2015. Quatre graffitis et une vidéo YouTube dans laquelle il documente son voyage sont la preuve de son passage. Interviewé par email par le magazine Financial Times, Banksy explique que lors de son premier voyage, il ne savait presque rien de la situation locale : « juste une idée grâce aux infos que c’était un tas de gens qui ont l’habitude de s’entretuer ». Le choc est survenu lorsque, « 500 yards plus loin (environ 450 mètres, ndlr) », Banksy voit de luxueuses rues pavées et de riches centres commerciaux, « des SUV partout. Voir la disparité entre les deux côtés a été choquant, parce que vous voyez que ces inégalités sont entièrement évitables ».

Quant à l’utilité de son art, Banksy répond : « Il existe peu de situations où un street artist peut être utile. La plupart mes positions ont un but purement esthétique. Mais en Palestine, il y a un mince espoir pour que l’art apporte quelque chose d’utile. »

Iman TAOUIL