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Une augmentation des tarifs universitaires pour les étrangers qui ne fait pas l’unanimité

2770 euros pour les licences et 3770 euros pour les masters. C’est ce que devront désormais payer les étudiants qui n’appartiennent pas à l’Union Européenne et qui viennent apprendre dans les universités françaises. Des textes qui ont été publiés au Journal Officiel le 19 avril dernier.

©enseignementsup-recherchegouv.fr

À la rentrée prochaine, les étudiants étrangers à l’Europe verront leurs frais d’inscription à l’université être multipliés par dix. Une revalorisation de 1500% pour les masters qui seront maintenant à 3770 euros pour les personnes hors-UE. Initialement, ils étaient à 243 euros. Ce plan “Bienvenue en France” semble donc plutôt euro-centré puisque les européens qui veulent venir étudier en France paieront 243 euros (seulement) pour faire un master. Une augmentation qui s’alignera en fonction de l’inflation. Pour les licences, la somme de 2770 euros, au lieu de 170 euros, sera désormais exigé. Les étudiants extra-européens déjà inscrits dans des universités françaises ne sont pas touchés par cette hausse.

Les doctorants, qu’ils soient étrangers ou pas, ne seraient en théorie pas concernés par ce plan gouvernemental. Les classes préparatoires ne le seraient pas non plus. Pourtant, elles concentrent un fort taux d’étudiants issus de classes supérieures (françaises ou non).

En février dernier, alors que le décret n’était qu’en discussion, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, avait indiqué que les doctorants avaient “un rôle essentiel” dans la recherche française.

Le texte précise que dans certains cas, les non-européens sont exonérés de tout paiement supplémentaire. Cela dépendrait de leur “situation personnelle” notamment.

Sur le site du gouvernement on peut y lire : “l’objectif est d’accueillir 500 000 étudiants étrangers d’ici 2027 et de favoriser le départ à l’étranger de davantage d’étudiants, dans le cadre des échanges universitaires ou d’une mobilité diplômante”. Des chiffres à suivre de près donc.

Un décret qui fait débat

De nombreuses manifestations ont réuni étudiants, français, européens comme étrangers. Les pétitions ont pour certaines atteint 250 000 signatures.  Pourtant, le gouvernement ne semble pas vouloir céder. Celui-ci a d’ailleurs affirmé que le décret devrait permettre de renforcer l’attractivité de la France et d’augmenter le nombre de boursiers.

Certains étudiants ont confié à nos collègues du HuffPost que ceux “qui envisageaient de venir en France [n’avaient] pas beaucoup d’options : la France était un des seuls pays européens accessibles” (Youcef Fellah). Une autre jeune, Lilâ Le Bas, clame: “Ce n’est pas aux étudiants de financer le désengagement de l’État dans l’enseignement supérieur”.

Quelques universités françaises ont annoncé qu’elles n’appliqueraient pas cette hausse des tarifs. De sorte qu’elles utiliseraient la possibilité d’exonérer une partie des frais. Sur son compte Twitter, le mardi 23 avril, l’université de Strasbourg a affirmé qu’elle adopterait “les mêmes droits d’inscription pour tous ses étudiants”. Annabelle Allouch, maître de conférences en sociologie à l’Université de Picardie-Jules Verne a expliqué (pour Ouest-France) que “c’est la réforme qui fait le plus l’unanimité contre elle”.

L’université de Strasbourg, toujours, s’inquiète de la diminution de candidatures étrangères pour la rentrée 2019. Celle-ci a déjà observé une baisse de près de 20% des demandes d’inscriptions provenant de jeunes extra-européens.

Le 30 avril, l’université d’Aix-Marseille a déclaré ne pas appliquer les frais d’inscription aux étudiants extra-communautaires pour la rentrée 2019 : « leurs droits d’inscription seront donc similaires à ceux des étudiants [français et européens] ».

FranceInfo a d’ailleurs annoncé que l’UNEF, l’Union Nationale des Étudiants Français, parmi d’autres organisations, allait saisir le Conseil Constitutionnel pour tenter de faire annuler ce décret qui ne semble toujours pas convaincre.

PARRADO Romane