octobre 10

Zemmour, le discours qui dérange et questionne la démocratie

La diffusion entière du discours d’Éric Zemmour lors de la convention de la droite du 28 septembre a lancé un débat sur la liberté d’expression et la censure. En top 1 des tendances sur Twitter avec l’hashtag #JeSoutiensZemmour, faut-il le laisser s’exprimer ?

Éric Zemmour s’exprimant lors de la convention…. Retransmise en direct sur LCI

« Tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam (…) Les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent leur colonisation, sinon ils devront se battre pour leur libération ». Ces propos ont été déclaré par Éric Zemmour, le 28 septembre à la convention qui réunissait la droite politique. Le discours de 32 minutes a été diffusé intégralement seulement sur la chaîne LCI, et a provoqué de vives réactions des téléspectateurs et internautes. Si la chaîne d’information de TF1 a reçu de nombreuses critiques sur ce choix de diffusion, elle se place tout de même en deuxième position d’audience avec un pic de 110 000 spectateurs pendant le discours. Il a ensuite été vivement contesté durant plus d’une heure sur le plateau de LCI lors d’un débat unanime, où les quatre invités du plateau condamnaient vivement les propos du polémiste. Quelques jours plus tard, la twittosphère ne s’en remet toujours pas. Pendant plusieurs heures, le premier mardi d’octobre, l’hashtag #JeSoutiensZemmour se place en première position dans les tendances du réseau social. Si nombreux sont ceux qui déclarent leur soutien à l’homme polémique, la popularité du hashtag s’explique aussi par un nombre encore plus important de tweet qui le dénoncent.

L’allocution crée le malaise

À l’expression visible de malaise de plus en plus intense des journalistes et des invités sur le plateau, on devine que tous, ont sous-estimé la dureté des propos qui allaient suivre. Éric Zemmour fait réagir et vendre certes, mais a été condamné dix jours avant pour incitation à la haine. « On n’interdit pas de parole tous ceux qui ont été condamné pour d’autres propos, le problème n’est pas là », argue Nathalie Pontivy sur le plateau du Quotidien. Elle ajoute : « On est dans une société qui veut interdire certaines paroles. C’est argument contre argument qu’il faut combattre. »

La liberté d’expression remise en cause

« C’est un problème de statut. Est-ce un leader politique ? Un éditorialiste ? Un journaliste ? Il y a un mélange des genres qui crée un véritable problème », s’alarme Nathalie Pontivy en remettant en cause la légitimité du politicien. La légitimité de Marion Maréchal Lepen présentée en tant que directrice en « retraite politique » et dont le discours a été diffusé intégralement sur BFMTV, n’a pour autant, pas été remis en question.

Fallait-il éviter la diffusion du discours d’Éric Zemmour, comme l’estime la Société des journalistes de LCI et la plupart des acteurs médiatiques ? LCI souligne qu’il y a bien eu « contradiction et déconstruction » des propos d’Éric Zemmour, mais reconnait un format de diffusion « inapproprié ». Sur BFMTV, le même discours, a par exemple été diffusé sans le son avec des commentaires des journalistes par-dessus. L’auteur de Le Destin français était en septembre 2018, parmi les meilleures ventes de livres dès sa première semaine de sortie. La plupart de ses romans sont d’ailleurs des succès littéraires, autant que ses audiences télévisées. Lors de la polémique sur la diffusion récente de son discours, beaucoup se sont plaints d’une absence de liberté d’expression. L’allocution d’Éric Zemmour est d’ailleurs introuvable sur internet alors que celle de Raphaël Enthoven, a elle, été retranscrite dans son intégralité.

Une pétition en ligne donne suite à l’hashtag #JeSoutiensZemmour et rassemble déjà plus de 10 000 signataires. « La limitation de la liberté d’expression, la censure des idées s’accroît mois après mois », peut-on y lire avec une dénonciation d’une « police des pensée » qui rappelle froidement la dystopie du livre 1984.

Zemmour s’adresse directement dans son discours, à « l’homme blanc hétéro catholique », au père de famille qui n’a plus sa place, et à l’homme séducteur qui a perdu sa virilité. Un ton adopté il y a peu lors de l’élection du président Américain Donald Trump qui, sur une note nostalgique, prétendait vouloir rendre à l’Amérique sa grandeur. Un boycotte médiatique permettrait-il enrayer cette pensée partagée par de plus en plus de français ? Rien n’est moins sûr.

Lolita Aboa