janvier 30

Football : Iñaki Williams victime de cris racistes

Iñaki Williams est le troisième joueur de champ le plus utilisé, à mi-saison, par l’entraîneur basque Gaizka Garitano. © Bleacher Report – Quality Sport Images/Getty Images

Pour le compte de la 21ème journée de la Liga, l’Espanyol Barcelone recevait samedi l’Athletic Bilbao. Un duel qui a vu les deux équipes se quitter sur un match nul 1-1. Une polémique a éclaté à l’issue de la rencontre : un des joueurs de l’Athletic Bilbao, Iñaki Williams, a déploré avoir été victime de cris racistes émanant des tribunes du stade Cornellà. Suite à ces déclarations, le club de l’Espanyol Barcelone a annoncé avoir identifié 12 personnes impliquées dans les faits.

« C’est quelque chose qu’un joueur noir ou de n’importe quelle origine ne veut pas entendre »

Iñaki Williams, avant-centre âgé de 25 ans, évolue depuis le début de sa carrière professionnelle à l’Athletic Bilbao, équipe de première division espagnole. Le joueur possède une particularité : celle d’être le premier et, jusqu’à présent, unique joueur d’origine basque/africaine à évoluer sous les couleurs des Rojiblancos. Il faut rappeler que l’Athletic s’impose de ne recruter et faire jouer que des joueurs basques. Depuis ses grands débuts professionnels, en 2015, Williams ne cesse de progresser au point de devenir l’un des joueurs les plus talentueux d’Europe. Véritable star de l’Athletic, l’attaquant n’en est pas moins la cible régulière de cris racistes : ce fut le cas en 2016 à Gijón… Ce fut encore le cas samedi à Barcelone. Juste avant la mi-temps, Williams a entendu des cris racistes alors qu’il s’approchait près du poteau de corner. Il a ainsi averti Iker Muniain, le capitaine des Rojiblancos, qui a ensuite transmis l’information à l’arbitre du match José María Sánchez Martínez. En vain : la rencontre n’a pas été interrompue.

Après la rencontre, en zone mixte, Iñaki Williams a déclaré : « Je m’en vais un peu triste pour le match nul, mais surtout parce que j’ai été victime de cris racistes. Nous devons en finir avec tout cela. Ça n’a pas lieu d’être ». La réaction de la fédération espagnole, très attendue, n’est intervenue que 24 heures seulement après les évènements. « La RFEF (Fédération Royale Espagnole de Football) considère que les comportements ou chants racistes prononcés hier (samedi) dans l’enceinte de l’Espanyol Barcelone par un nombre très réduit de supporters de l’Espanyol Barcelone sont, indépendamment du nombre de personnes qui les ont proférées, d’une gravité extrême ». Aucune sanction n’est donc prise pour l’heure : la fédération préférant s’en remettre à « la Commission nationale contre la violence afin qu’elle prenne les mesures appropriées ».

Polémique autour des sanctions

Certaines voix s’élèvent contre cette décision de ne pas décider. Elles évoquent les évènements du 15 décembre dernier à Vallecas, dans la banlieue madrilène. Lors de la rencontre de Liga Adelante opposant le Rayo Vallecano, à domicile, à Albacete, le groupe ultra antifasciste Bukaneros avait chanté et déployé des slogans et banderoles hostiles à un joueur adverse. « Zozulia, tu es un nazi », « Zozulia n’est pas le bienvenu », « Les fascistes, dehors de Vallecas »…

Banderole des Bukaneros pour protester contre la venue de Roman Zozulya, joueur d’origine ukrainienne accusé d’être proche de l’idéologie néo-nazie : « Empêcher qu’un nazi voit le virage ». © Dialectik Football

Suite à ces actes, la fédération espagnole avait cette fois-ci immédiatement réagi : arrêt du match, obligation de le reprendre à huit-clos, 18 000 euros d’amende pour le club… tout en prononçant la fermeture pour deux matchs de la tribune responsable des débordements (!). Ces sanctions ont été assez critiquées en Espagne et les accointances de Javier Tebas, président de la Ligue espagnole de football, avec le parti d’extrême-droite Vox n’ont pas tardé à ressurgir… Il avait lui-même déclaré ceci à la Cadena COPE, une radio espagnole, le 14 janvier dernier : « L’irruption de ce parti me semble être une bonne chose, une très bonne chose. Cela fait longtemps que je disais que l’Espagne avait besoin d’une alternative à l’image de ce que propose Vox ».

Simple machination diront certains, véritable justification diront d’autres. Une chose est sûre : les auteurs des cris racistes contre Iñaki Williams doivent être retrouvés et punis. Pour continuer à lutter contre toute forme de discrimination raciale dans un stade de football et au sein même de la société…

Théo SIVAZLIAN et les membres du Douzième Homme : Loic BESSIERE, Corentin SACHET, Dorian VIDAL et Mathéo GIRARD.