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E-Déchets : Data Centers, extraction des terres rares et traitement des déchets numériques tuent notre planète.

De la fabrication au “recyclage” d’un téléphone en passant par son utilisation, la planète et les populations locales, africaines et asiatiques, subissent des conséquences irréversibles.



©baranozdemir/iStock

Une étude publiée le 28 février 2020 dans la revue Science relativise l’impact énergétique des Data Centers. Cette étude affirme “que la quantité de calcul dans les data centers a plus que quintuplé entre 2010 et 2018, pourtant la quantité d’énergie électrique consommée n’a augmenté que de 6% sur cette même période.” (Citation tirée de l’article d’Alice Vitard publié le 2/03/2020 sur L’Usine Digitale). Ces centres de données sont bel et bien énergivores contrairement à ce que tente de démontrer le rapport. Ils se multiplient avec l’avènement du “Cloud” et d’Internet. Dès leur fabrication, ils nécessitent des métaux rares, ont besoin d’une alimentation en électricité en continue et d’un système de refroidissement important. On en compte 180 en France et plus de 4081 situés dans 118 pays. Les Data Centers sont le cœur du stockage des données d’internet : mails, tweets, images partagées, post Facebook y sont conservés.

En France, 8% de la consommation d’électricité est liée aux data centers soit “1,5% de la consommation électrique mondiale, l’équivalent d’environ 40 centrales nucléaires”. Plus problématique encore, “les Data Centers représentent aujourd’hui plus de 2% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète.” (Source Cleanfox). 10% de l’électricité produite dans le monde sert à l’industrie du numérique selon le rapport de Greenpeace “Clicking Clean” de 2017. La Data Center Alley, en Virginie, est le plus grand centre de stockage au monde. Il est relié à 70% du trafic mondial. Lorsque l’on visionne une série Netflix par exemple, toutes les données sont stockées à l’autre bout de l’Atlantique, aux Etats-Unis.

Ce datacenter modèle a été pensé « éco-responsable ». Une première européenne, affirment ses architectes en 2011 à Grenoble. Site Silicon.fr de Claude Baratay le 11/04/11

Face à ce problème environnemental majeur, une des solutions serait d’utiliser des data centers plus durables. Les Green Data Centers sont des centres de données écologiques qui ne contiennent pas de systèmes obsolètes et bénéficient de technologies plus récentes et plus efficaces. Ils utilisent la méthode de free cooling qui consiste à utiliser l’air extérieur pour refroidir les serveurs. Les systèmes de climatisation artificielles ne servent donc plus. Ce dispositif est notamment utilisé par le Data Center d’Orange à Val de Reuil, en Normandie. Toutefois, les Green data ne sont que très peu démocratisés et ne risquent pas de supplanter le Data center actuel dans l’immédiat car son coût est important.

L’extraction abusive de cobalt faite dans des conditions de travail déplorables

Les centres de donnés sont créés en parti grâce à des métaux rares. Tout comme nos batteries de téléphones, ordinateurs, télévisions, électro-ménager. Ces métaux mais aussi terres rares sont extraits en grande quantité principalement en Afrique. Les provinces du Haut-Katanga et Lualaba en République Démocratique du Congo produisent l’essentiel des quantités de cobalt ce qui représentent 60 % de la production mondiale de ce minerai. Le pays privilégie la rentrée d’argent indispensable que représente l’extraction de cobalt. En effet, près de 80% de la population vit sous un seuil d’extrême pauvreté. Cependant, le profit généré s’établit au détriment des conditions de travail. La production provient de grands groupes comme Eurasian Resources Group (ERG) mais aussi de producteurs artisanaux, employant quelques 200 000 personnes. « Nous veillerons à ce qu’aucun enfant ne soit impliqué dans la production de cobalt sur le site« , affirme ERG.

Des enfants dans une mine à ciel ouvert au Katanga, en RDC, le 9 juillet 2010. © Gwenn Dubourthoumieu/AFP

La RDC est tristement réputée pour les conditions de travail dans ses mines, et notamment dans ses mines artisanales. Responsables de près d’un cinquième du cobalt sortant du pays, les “creuseurs” sont principalement des enfants exploités et souvent mutilés. L’ONG International Rights Advocates a déposé une plainte collective devant la justice fédérale américaine au nom de 14 familles congolaises. Elles demandent réparation à Tesla, Apple, Google, Dell et Microsoft qui sont les entreprises les plus riches de l’industrie de la technologie aux États-Unis. C’est près de 40 000 enfants qui sont forcés à travailler pour un ou deux dollars par jour. Certains d’entre eux y laissent leur vie.  Des photos de ces jeunes ont été diffusées par les avocats des familles, des militants et des chercheurs. On peut ainsi voir leurs visages défigurés ou leurs corps amputés. L’ONG accuse les entreprises américaines de profiter de ce système où l’argent est plus important que la condition de travail de chaque individu.  (Article RFI du 17/12/19 correspondant à San Francisco Eric)

Le trafic d’e-déchets

Une fois nos smartphones, ordinateurs, fabriqués, nous sommes amenés à les jeter très rapidement. En effet, la durée de vie d’un smartphone est d’un an et demi. Le matériel électronique en fin de vie est envoyé dans des pays d’Afrique de l’Ouest. Cela permet aux pays développés de s’épargner du recyclage des appareils sur leur territoire car ce dispositif est souvent jugé trop coûteux et dangereux pour l’environnement. Ces e-déchets débarquent donc ces dernières années en quantité démesurée dans les ports du Ghana par exemple. Au port de Tema, les appareils sont récupérés mais seulement quelques ordinateurs sur des milliers sont destinés aux écoles du pays. Le reste des ordinateurs part à la décharge. Une véritable chaîne marchande se met ainsi en place autour du trafic des e-déchets. L’objectif du Ghana est de récupérer le cuivre, en brûlant les ordinateurs. Le métal est revendu ensuite au Niger ou en Inde. Ces pays le transforment pour fabriquer des bijoux bon marché vendus en Europe. « Ce business est illégal mais admis, car il représente une niche financière gigantesque » explique Nyaba Ouedraogo, un photographe franco-burkinabé, qui a enquêté sur place en janvier et novembre 2008.

La fumée noire de la décharge d’Aglogbloshie market© Nyaba Ouedraogo

Les conditions de travail sont aussi rudes, les jeunes ghanéens âgés de 10 à 25 ans s’usent à leur tâche. Ils n’ont ni masques, ni gants. Aucun équipements pour se protéger des émanations chimiques qui entraînent des problèmes respiratoires ou cardiovasculaires. Payés 1 euros seulement lorsque la journée a été bonne, ces jeunes souffrent d’un système capitaliste poussé à son paroxysme. Les émanations toxiques, lors des incinérations des appareils, affectent également le sol de la décharge à ciel ouvert. Vaches et moutons viennent paître au milieu des carcasses numériques et s’empoisonnent par la même occasion. (Par Blaise Mao – Publié le 29/01/2009 à 15h51 – Mis à jour le 31/05/2012. Géo)

Un recyclage et un traitement des appareils électroniques par les pays développés est plus que nécessaire pour préserver la santé et l’environnement de tous. Le japonais Sony a décidé de prendre en charge lui-même la gestion de ses déchets. La marque recycle désormais elle-même 53% de ses appareils usagés. Un signe d’espoir accompagné de règlementations plus restrictives depuis les accords de Bâle en 1992. 5% des 9,5 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) ont été recyclés en Europe en 2012. Toutefois le système de tout-jetable reste largement pratiqué.

L’Afrique mais aussi l’Asie du Sud-Est sont victimes de ces exportations de déchets. Le cas étayé précédemment en Afrique n’a pas de frontière et s’étend jusqu’en Chine qui produit une part non négligeable des terres rares : 95%. Ces régions du monde sont utilisées, au profit des pays développés ou en développement, comme “poubelle” du monde.

 A travers ce système, de nombreuses entreprises comme les GAFAM récoltent une somme considérable d’argent. Lorsque vous regardez Netflix, envoyez un mail, rechargez tout simplement votre téléphone ou que vous achetez un ordinateur, vous sollicitez une énergie considérable. Cette énergie est une source de pollution supplémentaire qui émet du gaz à effet de serre. La planète ne cessera de se dérégler à cause de cette pollution.

Elodie Radenac