février 10

Israël dans un nouveau flou politique

Le premier ministre Benyamin Netanyahou critiqué par sa gestion de la crise sanitaire. Source : Twitter Benjamin Netanyahu.

Premier ministre en procès, plusieurs confinements, crise de confiance envers les dirigeants… Alors que se profile les élections législatives, le pays est dans une impasse politique.

À six semaines des élections législatives, le premier ministre actuel, Benyamin Netanyahou n’était pas en campagne, ce lundi 8 février. Il se rendait au tribunal pour la suite de son procès, ouvert en mai 2020. Il est soupçonné de corruption, malversations et abus de pouvoir. Des dizaines de personnes sont venus protester devant le tribunal de Jérusalem. « On peut difficilement parler de manifestation de masse, tempère Dror Even-Sapir, analyste politique à I24 News. Il y a une partie de l’opposition qui s’est mobilisée et qui est descendue dans la rue, mais cela ne concerne pas, loin s’en faut, l’ensemble de la population israélienne. C’est une minorité », détaille-t-il. Un nouvel élément dans une situation politique confuse.

Malgré le succès de la stratégie vaccinale…

Le gouvernement profite de la bonne gestion de sa stratégie vaccinale qui est actuellement l’une des plus efficaces du monde. Une personne sur trois a déjà reçu sa première injection et le pays souhaite avoir vacciné 60% de sa population d’ici le mois de mars.

Une réussite que Benyamin Netanyahou tente de s’approprier. « C’est un succès incontestable mais qui n’est pas attribué aux gouvernants », révèle Dror Even-Sapir. Pour être réélu, le leader du Likoud compte beaucoup sur une situation sanitaire stabilisée. D’autant que le 23 mars, date des élections, « Israël aura peut-être retrouvé une vie presque normale », espère le journaliste.

… la gestion de la pandémie de Covid-19 critiquée

Car si la stratégie vaccinale est saluée, la gestion globale de la pandémie provoque des critiques. « C’est le paradoxe israélien avec d’un côté un succès de la stratégie vaccinale et de l’autre un record mondial de jours de confinement généralisés et de jours de fermeture des établissements scolaires », explique Dror Even-Sapir. La longue fermeture des écoles a entraîné des problèmes de pédagogie voir de psychologique chez les enfants. Les confinements ont conduit, eux, à la fermeture définitive de nombreux commerces.

« C’est la Covid-19 et ses conséquences qui sont la principale préoccupation ici, plus que les élections, commente l’analyste politique israélien. La population considère que la crise sanitaire a été mal gérée par le gouvernement. »

Une incapacité à former un gouvernement depuis 2019

Le Parlement israélien s’est une nouvelle fois dissout, le 22 décembre 2020. Le gouvernement de coalition, formé sept mois plutôt pour affronter la guerre sanitaire, a donc duré moins longtemps que la Covid-19. Après trois élections sans dégager de majorité, Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, du parti Bleu et Blanc, avaient réussi à s’entendre pour former un gouvernement prévoyant une rotation au poste de premier ministre. Mais l’impossibilité des parlementaires à former un budget pour 2021 a empêché Benny Gantz d’accéder au pouvoir et a conduit une dissolution de la Knesset, le parlement israélien.

Le 23 mars auront donc lieux les quatrièmes élections législatives depuis avril 2019. À chaque fois, ni le premier ministre ni le ministre de défense n’ont réussi à obtenir une majorité pour gouverner le pays. Preuve de l’impression de confusion au sein du gouvernement, des enregistrements d’une réunion de la sortie de confinement où des ministres se crient dessus, dont Benny Gantz et Benyamin Netanyahou, ont été révélés il y a peu.

De nouveaux éléments à prendre en compte dans les débats

Le parti Bleu Blanc de Benny Gantz a périclité et s’est divisé en plusieurs formations. Plusieurs membres n’ont pas accepté de coopérer avec Benyamin Netanyahou pour former un gouvernement. Pléthore de partis de petites ou moyennes tailles seront opposés au Likoud qui reste le premier parti du pays. En Israël, les élections législatives sont à proportionnelle intégrale et il faut recueillir minimum 3,25% des suffrages pour siéger. «Plusieurs partis favorables à Benny Gantz risquent de ne pas passer le premier tour, ce qui profiterait à Benyamin Netanyahou », déclare Dror Even-Sapir.

Loïc Bessière