février 23

Succès pour la campagne de crowdfunding de Blast, le média à peine lancé qui détonne déjà

Sous le premier édito-vidéo de Blast, publié le 4 février, le titre aux accents prophétiques indique en lettres capitales: « SI ON NE FAIT RIEN, 2021 SERA PIRE QUE 2020 ». Dans un monde où « la majorité des médias est concentrée entre les mains de milliardaires », Blast – entièrement financé par les internautes et au service de ces derniers –, promet d’avoir l’effet d’une bombe. 

Crédit : capture d’écran de la vidéo « Denis Robert annonce le lancement du média Blast », youtube.com

Il reste 21 jours pour participer à la création et au financement de Blast. C’est ce qu’indique la page internet de la campagne de financement participatif lancée sur le site Kiss Kiss Bank Bank au début du mois de janvier. En un peu plus d’un moins, l’objectif initial de 100 000€ a largement été dépassé : ce 18 février, la jauge affiche un taux de 628% de participation, soit 628 390€ récoltés. À ce jour, chacun des 6597 « Blasteuses » et « Blasteurs » aurait donc en moyenne contribué à hauteur de 95€ pour permettre à Blast (ou « effet de souffle » ; en français, l’effet produit par une explosion sur l’organisme) de voir le jour.

Un nouveau souffle pour l’information

« Restons groupés, ambitieux et pleins d’humilité » conseille Denis Robert dans la vidéo de lancement de Blast, publiée le 15 décembre 2020. L’habitude n’est pas nouvelle : lorsqu’il prend la parole face caméra, le journaliste d’investigation affiche une allure dépouillée de tout artifice. Dans le champ du journalisme audio-visuel, où l’apparence compte parfois plus que le fond du discours, une telle simplicité détonne. Celui qui a mis au jour, la retentissante affaire Clearstream se présente sans fards, comme pour mieux diriger l’attention du spectateur vers le fond du discours. En octobre 2020, lorsqu’il annonce la création d’un « nouveau média » dans une interview en direct accordée à la chaine Thinkerview, Denis Robert ne connait pas encore le nom de sa future web-tv. Mais il se fixe déjà ce triple objectif: « informer intelligemment, aiguiser l’esprit critique et donner envie de résister et d’agir ». De mois en mois, la formule de Blast gagne en consistance, jusqu’à la création de la cagnotte début janvier. Aujourd’hui, le projet se précise à mesure que cette dernière s’étoffe.

Lancer le compte-à-rebours

Pour soutenir le projet, la formule est attrayante, les abonnements – allant de 10 à 3000€ – étant accompagnés de goodies (livres dédicacés, photos à tirage limité). A chaque palier de 100 000€ franchit, les internautes découvrent un nouvel élément du futur média : journaliste, intervenant, annonce d’enquêtes à venir mettent en appétit les crowdfunders. La page de description du projet fonctionne comme un teaser : après sa dernière mise à jour, elle annonce une diffusion « 7 jours sur 7 » sous la forme d’un site internet et d’une web-tv gratuite, visible depuis les plateformes Youtube et Peertube. Il y a trois semaines était dévoilée la liste des futurs contenus de Blast (articles de presse écrite, chroniques, éditos, enquêtes, entretiens, reportages ou encore directs répartis selon différentes rubriques). Pour compléter cet effet de dévoilement, le site promet également une application pour mobile, à condition toutefois que 200 000€ supplémentaires aillent rejoindre la cagnotte.

Un casting cinq étoiles

D’ici un an, grâce à un abonnement de 5€, Blast pourrait fonctionner avec un budget annuel d’1.5 millions d’euros et une équipe de 20 personnes. Des noms connus du journalisme d’investigation, du documentaire, ou de la satire sont déjà annoncés, à l’image de l’ex-espion Maxime Renahy, le réalisateur Yannick Kergoat et l’ancien humoriste des Guignols Bruno Gaccio. Pour écrire une nouvelle page du journalisme, l’équipe de Blast accueille aussi des collaborateurs et des collaboratrices plus jeunes, comme Elise Van Beneden, avocate et militante anti-corruption, Paloma Moritz, spécialisée dans le journalisme d’impact et de solution, ou la journaliste Salomé Saqué, révélée par le jeune média d’information en ligne Le Vent Se Lève. Cette dernière a d’ailleurs mené  la première interview de Blast auprès de l’économiste Gaël Giraud. Autant de personnalités qui ont l’estime de Denis Robert.

Renaître de ses cendres

Pendant deux ans, à la tête de la rédaction de la web-tv Le Média, proche de La France Insoumise, Denis Robert a largement décrit et critiqué ce qu’il perçoit comme les jobarderies grotesques du gouvernement d’Emmanuel Macron. À force d’éditos soignés et d’interviews menées auprès de personnalités comme Geneviève Legay ou Gaspard Glanz, le journaliste a su redynamiser le pure player. Officiellement licencié pour faute en septembre 2020, Denis Robert conteste la version de son ancien employeur. Sa sagacité lui a valu la confiance des « socios » – les abonnés du Média – et des internautes, au point que certaines de ses vidéos enregistrent plusieurs millions de vues. Fort de cette visibilité, le journaliste imagine aujourd’hui un projet qui, s’il ressemble au Média¸ répond aussi à une volonté de pluralisme des médias indépendants.

Eden Armant-Jacquemin