février 10

Safer Internet Day: la prévention contre le cyberharcèlement peine encore à convaincre les jeunes

Avec pour thème “Enfants connectés, tous concernés !”, le Safer Internet Day 2022, qui a lieu le 8 février, veut,entre autre, lutter contre le cyberharcèlement. Dans les Alpes-Maritimes, les campagnes de sensibilisation tardent à porter leurs fruits, surtout pour les publics adolescents.

Image: iStockphoto

“Les jeunes ne se sentent pas vraiment moins seuls après mes interventions”, regrette Stéphane Mansour-Tani, ambassadeur Internet sans crainte (un programme gouvernemental de sensibilisation aux risques numériques) et référent pédagogique de l’association Sophia, Loisirs et Vie, basée à Valbonne. « À 14 ans, les ados sont sur 3 réseaux en même temps, ils reçoivent des milliers de notification. Si on n’est pas un compte Instagram avec 300 000 vues, ils passent à autre chose”, analyse le travailleur social.

Des interventions « pas très fun »

Conscient du caractère professoral « pas très fun » des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, Stéphane Mansour-Tani évoque sa dernière visite en collège. Réalisées à la demande des établissements, les interventions de l’ambassadeur Internet Sans Crainte s’achèvent souvent par un débat et une distribution de flyers renvoyant au compte Instagram d’Internet sans Crainte. Cette fois, l’opération n’a suscité que 10 abonnements sur 300 élèves, “Et à la fin de la semaine, ils n’étaient même plus abonnés!”

Si ces interventions complètent le programme de l’Éducation Nationale, elles ne sont pas systématiques pour autant. “Au collège, j’ai eu une heure de prévention […], mais au lycée, jamais quelqu’un n’est venu parler de harcèlement dans ma classe, rien, vraiment pas”, se souvient Laura, une étudiante de 18 ans qui a subi du cyberharcèlement lorsqu’elle était au lycée. “Il y avait toujours des brochures pour appeler tel numéro si vous vous faites harceler », raconte-t-elle “mais c’était le genre de papier qui traînent dans la poussière, sur les bureaux”.

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Adapter la prévention aux codes des ados

Pour améliorer la prévention chez les adolescents, Stéphane Mansour-Tani a une idée: “Il faudrait qu’ils nous trouvent sans avoir besoin de nous chercher”. Mais avec des moyens associatifs vite limités, comment convaincre les plateformes d’utiliser des algorithmes qui font passer les campagnes de protection au premier plan?

Améliorer la prévention semble d’autant plus nécessaire que le cyberharcèlement scolaire est en hausse, 60% des harceleurs étant ou ayant été aussi harcelés. Cette hausse s’accompagnerait d’un phénomène de banalisation du cyberharcèlement: “Les ados en sont très conscients mais ils se disent que ça leur arrivera peut être un jour, et quoi? Que c’est normal de se faire harceler. Ils ont l’impression qu’on leur rabâche des choses qu’ils savent déjà », observe Stéphane Mansour-Tani avec amertume.

Le serious game « Stop la violence », sensibilise les collégiens au harcèlement et cyberharcèlement. Les enfants évoluent dans un collège virtuel, ou ils doivent collecter des indices pour déjouer des situations de harcèlement. L’espace numérique de l’association propose de se former au numérique de manière ludique et participative. DR: Stéphane Mansour-Tani

Le dialogue avant tout

Stéphane Mansour-Tani intervient aussi à la médiathèque Colette de Valbonne, en école primaire ou à la demande des parents d’élèves. Même s’il regrette que “ce sont souvent ceux qui sont déjà informés qui viennent aux réunions”, le référent pédagogique ne désespère pas de réussir à former de nouveaux internautes avertis: “Le dialogue prime sur tout” insiste-t-il. Aux adultes, le médiateur tente de faire prendre conscience des signes qui peuvent alerter: décrochage scolaire ou soudaine coupure de l’enfant avec les écrans. Aux enfants, il conseille vivement de se confier à un adulte (cousin, grand frère, oncle ou tante) ou de demander leur aide aux Promeneurs du Net, chargés par la CAF d’assurer une présence éducative sur les réseaux sociaux.

Pour pouvoir faire de la prévention contre le cyberharcèlement, le référent pédagogie de SLV s’est formé gratuitement auprès d’Internet sans crainte, dont il est aujourd’hui le seul ambassadeur pour toutes les Alpes-Maritimes. Ce dispositif gouvernemental propose des ressources numériques sur le cyberharcèlement, le décryptage de l’information ou encore la parentalité numérique. Internet sans crainte correspond au volet “sensibilisation” d’un programme plus large, le Safer Internet France, qui comporte deux autres dispositifs : le numéro 3018 pour l’écoute, et le site Point de contact, qui peut être utilisé pour signaler des faits de cyberharcèlement ou de pédopornographie.

Eden Armant-Jacquemin