novembre 09

Consommer local à Cannes, un luxe réservé aux plus aisés

80 % des Français réalisent leurs courses dans un supermarché. À Cannes, notre enquête dans cinq grandes enseignes, révèle des produits locaux en moyenne deux fois plus cher que les produits biologiques eux-mêmes deux fois plus cher que les produits conventionnels d’après l’association UFC-Que Choisir. Les comparaisons avec les produits conventionnels n’étant pas rares, l’analyse est ici centrée sur le cas des produits locaux et biologiques, consommations à la mode du moment.


À Cannes, deux magasins possèdent un espace entièrement dédié aux produits locaux   @Lolita Aboa

52 % des Français privilégient une alimentation locale et des circuits cours, d’après une étude réalisée en 2018 via le panel Spirit Insight. Elle révèle que l’origine d’un produit estampillé « bio » compte pour 89 % du choix de son achat. Une autre enquête Ipsos et Vitagora révèle qu’en 2020, 20 % des consommations alimentaires seront locales contre environ 10 % en 2014. Vous l’aurez compris, les Français modifient leurs habitudes d’achat et comportements alimentaires au profit d’une nourriture plus qualitative et respectueuse de l’environnement. Reste à savoir si ces critères sont compatibles avec un budget raisonnable dans le lieu d’achat actuel de 80 % des Français : les grandes et moyennes surfaces.

À Cannes, notre équipe a enquêté dans cinq grandes enseignes : Casino, Intermarché, Leader Price, Carrefour et Monoprix. Deux d’entre elles possèdent un espace dédié aux produits locaux et trois ont un espace pour les produits bios (les deux autres les dispersent parmi les autres produits). Il n’y a pas la même diversité de choix dans l’une ou l’autre de ces catégories. Sachez donc qu’il n’existe pas de tapenade noire « bio » ni de pâtes « locales ».  En revanche, les écarts de prix eux, sont réels. Comptez 33€/kg pour des chips locales contre 19,36€/kg pour du bio. Une confiture de framboise locale coûte 12,20€/kg contre 7,11€/kg celle bio. Une ratatouille locale 10,29€/kg mais 5€/kg en bio. La sauce tomate locale 14,22€/kg et 6,21€/kg en bio. Quelques produits ont ces deux caractéristiques et là encore, le résultat est surprenant. Prenons un caviar d’aubergine local à 38,72€/kg. Avec le label « AB », son prix au kilo diminue à 13,56€ mais remonte légèrement à 28,11€/kg pour les deux caractéristiques ; un bon compromis. 

Les produits biologiques sont les vainqueurs de la comparaison dans les supermarchés Cannois, mais sont tout de même globalement plus chers que les produits conventionnels.

Une production coûteuse et des marges énormes

Si une partie des prix des produits bio et locaux s’expliquent par les conditions spéciales de production du premier et la petite taille du deuxième qui réduit les économies d’échelles, les marges appliquées dans les supermarchés sont grandement responsables des prix élevés constatés plus hauts. En effet, l’association de consommateurs L’UFC-Que Choisir dénonçait le 22 août dernier les marges de la grande distribution sur les fruits et légumes biologiques. De leurs côtés, les producteurs locaux sont écrasés par ces marges et nombreux sont ceux qui se tournent vers les épiceries spécialisées ou la vente direct au particulier. Ce sont les premiers à souffrir de la faible rémunération des ventes réalisées en grandes surfaces quand les producteurs nationaux voire internationaux eux, peuvent s’y retrouver économiquement par un plus grand volume de vente. Pour ne pas arranger les choses, plusieurs consommateurs se sont déclarés prêt à dépenser plus pour des produits sains, de quoi déculpabiliser (voire faciliter) une hausse des prix.

Des prix standards dans toute la région

Contactés à ce sujet, plusieurs de ces enseignes affirment qu’il existe une tarification identique dans la région PACA pour une même chaîne de magasin : « Ce n’est pas chaque enseigne qui applique ses prix, c’est au siège social que tout se passe », soutient une responsable en communication. Ainsi, chaque enseigne négocie avec les fournisseurs locaux, un pourcentage de marge identique pour un domaine d’alimentation donné. Libre au producteur de s’aligner…ou pas.  

Lolita Aboa et Kimberley Lestieux